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MétaNote TdF 10 : Le téléphone ou assistant personnel de mobilité

par Gabriel Plassat

De nombreux articles ont été rédigés sur le sujet du téléphone portable dans les transports et la mobilité (voir ici pour ce blog). Des applications dédiées sont disponibles, d’autres se développent, réalisant progressivement un puissant assistant personnel de mobilité. Quel rôle va jouer ce nouvel objet ? Quelles capacités ce nouvel assistant personnel de mobilité va nous permettre de développer ? Est ce vraiment indispensable ?

Depuis la première peau, le premier lanceur, ou le premier silex, la recherche et la création d’outils est une activité structurante des sociétés humaines. Notre corps se complète de ces prothèses pour améliorer ses performances, ou réaliser de nouvelles, puis tout simplement pour vivre dans un monde « trop » complexe. En même temps, nous perdons des capacités pour en acquérir de nouvelles. Ainsi à l’invention de l’imprimerie, les premiers livres et bibliothèques étaient accusés de faire perdre la mémoire. Ceci était vrai, mais nous avons accédé à un niveau supérieur : champs de connaissance élargi. Comme l’indique Michel Serres (vidéo exceptionnelle à voir ici), nous poursuivons l’externalisation de nos fonctions cognitives, dont nous pensions qu’elles nous caractérisaient. En ce sens, les technologies de l’information participent à ce darwinisme devenu externe, cet « exo-darwinisme » pour reprendre M.Serres. Depuis toujours donc nous perdons (au sens de fuire) pour gagner de nouvelles capacités, dont certaines restent à découvrir.

Aujourd’hui, l’automobile peut être considérée, pour certains, comme notre prolongement, pouvant conduire aux pires des comportements. Prolongement de notre salon, de nos jambes, de notre corps. « Je suis garé là bas », traduit bien cette identification. Non vous n’êtes pas garé, votre voiture l’est. La voiture et sa clé permettent à l’individu de se projeter loin, vite, à tout moment. Outil complexe, simple à utiliser, permettant de simplifier des situations, elles aussi complexes. Le vélo à assistance électrique pourrait être une des meilleures prothèses (voir ici).

Mais la complexité de nos vies va continuer de s’accroître. La clé ne permettra plus, à elle seule, de réussir à se déplacer. Déjà aujourd’hui, le GPS, par exemple, a connu un essor sans précédent, s’imposant comme accessoire indispensable. Le réseau routier, le trafic temps réel doivent maintenant  être intégrés à la machine. La clé de la voiture doit devenir plus intelligente pour gérer des situations et des missions plus complexes. Le GPS intégrant le trafic temps réel devient aussi important que le véhicule ou l’énergie dans le réservoir. Ce n’est que le commencement, arrivera le moment où la voiture, si elle reste un objet « déconnecté », deviendra un frein à la mobilité.

Les informations à connaître, les tendances à prévoir, les décisions à prendre pour pouvoir se déplacer, en respectant des objectifs (temps, coût, puis émissions) eux aussi de plus en plus complexes, vont croître à la limite de nos capacités. Cette complexité sera, une nouvelle fois, gérée par des machines. Nous l’accepterons comme nous avons accepté les machines précédentes, car les bénéfices engendrés seront supérieurs aux risques estimés. Nous aurons raison à condition de ne pas sous-estimer les risques. Ces derniers doivent être dès à présent être étudiés, compris et minimisés.

Notre robot personnel nomade, le téléphone portable, véritable concentrateur de solutions, gèrera cette complexité. L’exo-darwinisme nous aura permis d’externaliser des fonctions cognitives pour réaliser des tâches complexes en parallèle, tout en étant capable d’utiliser en permanence ces fonctions et capacités, devenues portatives. Utilisant des bases de données publiques ou privées, des outils de simulation ou accédant à des services fournis par des opérateurs de mobilité, cette clé numérique nous donnera accès à des solutions de transport optimisées en fonction du besoin, nous indiquera les meilleures routes, paiera sans contact et fournira des assurances adaptées à chaque instant. Réalisable dès aujourd’hui, cet assistant personnel de mobilité va transformer la façon dont nous nous déplaçons, bien qu’étant réalisé par des industries venant essentiellement des telecoms et des services. Certains constructeurs réussiront à intégrer ces nouveaux savoirs à la machine automobile, mais les vagues suivantes vont définitivement dissocier informations, donc connaissances et objets véhicules. Il ne sera plus nécessaire d’avoir des machines automobiles plus intelligentes puisque l’intelligence sera « partout », et portative.

Deux autres technologies vont venir compléter puis démultiplier les possibles et les innovations : l’internet des objets (voir également ici)et les nanotechnologies. « Apporter au monde physique la plasticité du numérique», Daniel Kaplan propose ainsi cette propriété de l’internet des objets (IdO). En fait, cet outil nous permettra, une nouvelle fois, de rajouter des degrés de libertés là où tout était figé, contraint, gravé dans le marbre. L’Internet des Objets, s’il comprit dans sa globalité, s’inscrit dans l’évolution générale de la décentralisation des outils et des connaissances, du peer to peer, de la société ubiquitaire, de l’intrusion du consommateur/citoyen dans la démarche de choix, de production et d’innovation (comme l’avait déjà indiqué A.Gorz).

Puis, d’ici quelques années, quand les TIC auront bénéficiées des procédés industriels des nanotechnologies, notre connexion aux réseaux d’informations et sociaux réalisée aujourd’hui par le téléphone, disparaîtra physiquement pour n’exister qu’intégrée dans nos objets millénaires : lunettes, vêtements, montres. L’objet « téléphone portable » n’aurait existé qu’un instant dans l’histoire de l’humanité. L’être humain pour se déplacer utilisera alors, sans s’en rendre compte, sa connexion permanente aux réseaux, lui permettant de gérer une complexité d’informations sans précédent, et d’accéder ainsi au meilleur mode de transport, au meilleur moment, partout, tout le moment. Devenu cyborg connecté, notre ubiquité aura largement progressée tout en nous permettant à la fois de nous détacher des objets physiques et de bien mieux les utiliser. La voiture d’aujourd’hui sera donc remplacée par un garage virtuel contenant plusieurs objets roulants dont nous serons pour la plupart pas propriétaires, que l’on utilisera selon le besoin, et des services d’aide à la mobilité gérant les données pour ne fournir que les informations utiles. Ces informations prendront
l’avantage sur l’objet véhicule dans la chaîne de valeur, le client final pourrait ne plus être en contact avec le constructeur
.

Les risques associés à ces technologies, ces prothèses, ces « solutions » nous permettant de gérer ou de vivre dans cette complexité, sont à la hauteur des bénéfices. Finalement, cette ubiquité assistée pourrait, comme l’automobile, se révélait elle aussi aliénante et dangereuse, un nouveau pharmacone, avec de nouveaux sujets comme l’identité ou l’intégrité. Est-ce que cette mobilité 2.0 sera plus efficace, plus performante, plus citoyenne, plus sociale, plus … ? Nous devrons veiller à construire et à contrôler ces indicateurs, à ne pas les oublier, à étudier de nouveaux risques : exclusion des TIC, esclave des TIC, opacité des forfaits de mobilité, opacité des financements et coûts réels des services de mobilité.

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1 commentaire

vendre téléphone 17 novembre 2011 - 13 h 17 min

« Il ne sera plus nécessaire d’avoir des machines automobiles plus intelligentes puisque l’intelligence sera « partout », et portative. »
L’assistance c’est bien mais il faut en maîtriser les limites. A force de ne plus solliciter le cerveau pour réfléchir, on va finir lobotomisés hihi…
Bonne journée
cdlt
😉

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