Plan National de prévention par l’Activité Physique ou Sportive

La commission nationale a porté son analyse sur l’ensemble du contexte scientifique étudié notamment dans l’importante expertise collective de l’Inserm, publiée en mars 2008. Elle a organisé son travail d’avril à octobre 2008 autour de 10 réunions plénières et de cent vingt cinq réunions de travail et d’auditions spécifiques. Le rapport complet est accessible ici.

La sédentarité croissante constatée dans nos sociétés développées n’existe sous sa forme épidémique que depuis la deuxième moitié du XXème siècle. Facteur de risque de nombreuses maladies chroniques (cardiovasculaires, métaboliques, cancéreuses, psychiques…), elle concerne les deux tiers d’entre nous et s’étend plus drastiquement encore dans la génération de nos enfants. Ce processus de sédentarisation suit deux courbes de croissance successives : celle du développement des transports motorisés, limitant la dépense énergétique individuelle, et celle de la communication : télévisuelle dans un premier temps, informatique désormais qui nous absorbent dans un quotidien toujours plus savant mais de moins en moins actif.

Le rôle de substitut énergétique du moteur, développé sous toutes ses formes et miniaturisé pour les applications quotidiennes les plus diverses, devient en effet prioritaire dans tous les choix économiques et politiques des années de croissance du XXème siècle. Le progrès nous porte-t-il vers des solutions de facilité ?

De fait, il s’est le plus souvent traduit par les solutions du « plus vite », ce citius qui forge l’idéal olympique et se voile d’une part de l’espérance humaine. Le principe universel de la performance repose ainsi sur une optimisation du rendement : pour un investissement énergétique minimisé, le bénéfice le plus important et le plus rapide possible soutient notre recherche perpétuelle d’efficience.

Ce que nous n’avons pu transformer de nos métabolismes cellulaires (qui restent dépendant de la production mitochondriale d’adénosine tri-phosphate), nous avons su l’obtenir à l’échelle de l’espèce par la « maîtrise » de la combustion du bois et du charbon des machines à vapeur des XVIIIème et XIXème siècles puis du pétrole de nos moteurs, chaudières et autres turbines qui convertissent en 2008 près de 90% de l’énergie consommée dans le monde.

Cette utilisation massive de substituts énergétiques nous a considérablement aidés dans notre développement économique en nous permettant de transformer transitoirement de nombreux produits, éléments ou composants, comptabilisés comme création de richesses. Elle a aussi soutenu notre volonté d’adapter l’environnement à nos besoins alimentaires par l’augmentation des rendements agricoles, et nos besoins de chaleur ou de protection par l’élévation de murs, de tours et d’abris divers. Elle est aussi à l’origine de quelques déséquilibres dans un jeu à somme nulle qui régit au quotidien les relations entre espèces et, probablement, les grands équilibres thermiques de la biosphère ; la réinjection massive dans l’atmosphère de molécules carbonées provenant d’organismes vieux de 100 à 300 millions d’années saturant totalement les capacités d’absorption et de recyclage actuelles de notre biotope.

Cette transformation est enfin couronnée d’un succès bien regrettable, par l’incapacité physique qui frappe 10 à 60% de la population selon les pays ou les groupes sociaux (et jusqu’à 90% de certaines ethnies déconnectées de leur mode sélectif, tels que les Cris du grand nord Canadien ou les Pimas du

Colorado) et qu’illustre l’épidémie mondiale d’obésité.

Notre soif de connaissance et la recherche permanente d’informations ne sont pas non plus sans effet sur la sédentarisation. Le temps que nous passons face à leurs principaux vecteurs, télévision et réseaux internet, n’est plus utilisé à l’ensemble des tâches physiques qui ont façonné et sélectionné notre humanité (et même si les conséquences de ces médias, respectivement passif ou interactif, sur l’obésité peuvent être nuancées). La sédentarisation devient mesurable et montre son impact sur la diminution de la forme physique, en particulier chez les adolescents.

Cherchant à favoriser la pratique des activités physiques ou sportives en toutes circonstances, la commission recommande, de façon générale, de :

  tirer parti de l’environnement direct en développant les moyens de transport « actifs » facilités par des plans de déplacement spécifiques depuis le domicile vers l’ensemble des lieux de vie : l’école, l’université ou l’entreprise, et intégrés dans les plans de déplacements urbains ;

  créer les liens et faciliter l’accompagnement auprès des structures de proximité proposant des activités physiques ou sportives « sport-santé » ;

  mettre en place des campagnes de communication, locales et nationales, à destination des publics cibles sur les bonnes pratiques, recourant à une définition large de l’activité physique. Les enjeux de ces campagnes sont de changer la représentation sociale et les comportements vis-à-vis de l’APS, d’agir sur les déterminants environnementaux et socio-économiques et de nouer des partenariats avec l’ensemble des secteurs concernés ;

  élaborer des guides de bonnes pratiques pour l’évaluation et la prescription des APS adaptées aux enfants, aux seniors, aux personnes présentant des maladies rares, des maladies chroniques ou en situation de handicap ;

  développer des protocoles de recherche visant à établir la pertinence des critères de mobilité sur l’état de santé et la qualité de vie des publics concernés (scolaires, étudiants, salariés, seniors, patients…) et mettre en place des tests d’évaluation de la condition physique adaptés à chaque public ;

  créer un observatoire de la pratique des APS, mission qui peut être confiée aux organismes en charge de ces évaluations, tels que les Observatoires Régionaux de Santé en lien avec les ARS qui accompagneront la mise en oeuvre de ces mesures.

Elle propose de mettre en place des incitations financières facilitant l’accès du plus grand nombre par le biais de déductions fiscales pour favoriser les déplacements professionnels par une mobilité « active », de développer un dispositif de « chèques actifs », tickets ou coupons sport-santé et de créer des partenariats avec les assurances maladies obligatoires et complémentaires ainsi qu’avec les caisses de retraite et de faire reposer l’ensemble du dispositif sur une gouvernance forte du secteur de la santé.

Plusieurs propositions recoupent celles annoncées dans différents articles (partenariat avec des assureurs et aide à la mobilité active, besoin d’un « compteur d’activité »).

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