Devenir réflexif

Les firmes se positionnaient vis à vis de leurs clients par des études marketing, des sondages, des panels consommateurs. Ces boucles rétroactives "pauvres" permettaient de comprendre les besoins et de planifier le développement de produits de façon verticale. Cette approche est bien sûr dépassée dans un monde chaotique, complexe – au sens de complexus, ce qui est tissé ensemble -, interdépendant et hyperlié. Notre compréhension de la multitude doit évoluer, pour développer de meilleurs produits et services mais surtout pour nous permettre de mieux comprendre notre environnement et de mieux nous voir évoluer nous mêmes. 

L'Internet augmente nos processus cognitifs de façon individuelle mais également de façon collective en nous donnant accès à des informations, des capacités de mémoire et même de perception. C'est devenu le medium dominant pour échanger et se comprendre. Mais aujourd'hui, le web ne propose aucune méthode, aucun outil pour observer le fonctionnement des collectifs humains qui collaborent. Notre medium principal n'est pas réflexif, c'est à dire qu'il ne nous permet pas de nous voir fonctionner, de nous voir construire de nouveaux concepts, de nous voir débattre dans différentes langues, avec différentes cultures, de tel ou tel sujet. Il manque une ou plusieurs couches "supérieures". 

Mnemotix, ECairn et l'IEML pourraient être ces couches réflexives.

L'API de Mnemotix (lien vers une présentation de Mnemotix) est un middleware sémantique de gestion et d’extraction de connaissances, permettant d’accomplir des taches de collecte, de structuration, d’analyse et de visualisation de données. Une des premières instances de cette API, la plate-forme Webmarks, trouve notamment une application idéale dans le management de communautés en ligne et de leurs membres, qu’il s’agit de cartographier, structurer, animer et enrichir. Cette API peut permettre à une communauté de mutualiser une veille, de la structurer et l'analyser ensemble. Comprenant mieux l'environnement changeant, cet outil assurera progressivement une certaine synchronisation et permettra des ajustements automatiques dans les prises de décisions. Peu à peu, les acteurs mettront en oeuvre des processus beaucoup plus ciblés et seront capables d'analyser les conséquences d'une décision ou d'un choix.

Présentation Mnémotix mars 2014

E Cairn cartographie le web social, détermine les tribus – communautés d'intérets, d'influences -, identifie et classifie les influenceurs de chaque tribu. E Cairn analyse également pour chaque tribu les conversations sociales, détermine des nuages de mots clés et fait ressortir pour une marque, une entreprise ou sur un sujet, les principaux messages des influenceurs. Ainsi équipé, une entreprise n'aura absolument pas la même approche stratégique pour faire passer des messages, tester de nouveaux produits ou encore suivre une campagne de communication. L'approche peut être totalement renversée : identifier les influenceurs, les séduire pour les impliquer au coeur des développements. Faire de sa communauté un partenaire de son propre développement et itérer en permanence pour se situer, s'ajuster. Progressivement devenir réflexif. Pour un écosystème en mutation comme celui des mobilités, avoir un outil d'observation de soi devient essentiel. L'analyse de l'écosystème de la mobilité se présente ainsi :

Reseaumon

Enfin, Pierre Lévy dans son dernier livre la sphère sémantique décrit sur plus de 400 pages le chemin qui l'a guidé vers l'IEML (lire également un article du blog de Pierre Lévy). Probablement un des projets majeurs du web puisqu'il s'agit d'utiliser un métalangage nouveau, l'IEML, pour structurer, organiser et représenter toute la culture sous une forme réflexive. Pierre Lévy construit ainsi une technologie permettant à des programmes de nous renvoyer des "images" augmentées de nos propres processus cognitifs, nous permettant d'améliorer notre intelligence collective. Plusieurs articles sont nécessaires pour décrire cette rupture … Cette réflexivité rejoint la notion d'holoptisme déjà abordée dans ce blog.

Une émission de France culture, Place de la toile, avec Pierre Lévy (que vous pouvez contacter sur twitter @plevy) qui décrit l'IEML :

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