Bienvenue dans le quaternaire !

Issus de la newsletter de Capital Innovation, des exemples d’applications de l’économie de la fonctionnalité.

Claire Gérard, directrice de la communication du Groupe Bic, insiste pour distinguer les produits Bic des produits réellement "jetables", c’est-à-dire à usage unique. « Les produits Bic sont avant tout conçus pour assurer une fonctionnalité optimisée, c’est-à-dire un maximum de service rendu avec un minimum de matériau utilisé » ; ainsi un rasoir qui n’utilise que 5g de matériaux peut assurer jusqu’à 7 rasages . Serait-ce les prémices d’une économie de fonctionnalité?

Une analyse de cycle de vie a démontré que l’impact environnemental du rasoir est lié en majeure partie à l’utilisation de matières premières non renouvelables ; « BIC recherche pour le consommateur des solutions de recyclage de son produit en fin de vie ». C’est ainsi qu'a été initié le programme « Rasez-vous, Recyclez » : une enveloppe offerte vous permet de retourner gratuitement vos rasoirs contre des bons de réduction. Un centre d’aide par le travail traite la réception des enveloppes et le plastique retrouve une vie dans des pièces de machine à laver.
En plus du bénéfice environnemental lié au recyclage, Bic encourage la fidélisation du consommateur à une consommation continue de rasoirs Bic. On se rapproche de l’abonnement à un approvisionnement constant de rasoirs dont Bic demeurerait propriétaire et gèrerait les matériaux en boucle fermée. Et le pas à franchir est réaliste puisque, comme le fait remarquer Claire Gérard, « on peut observer que l’usage des produits Bic est souvent déjà dissocié d’un sentiment de propriété : c’est le parc commun de stylos au bureau, le même modèle de rasoir qui peut convenir à différents membres d’un même foyer ou le briquet que l’on partage sans souci.

Le « roi du jetable » serait donc le parfait candidat à l’économie de fonctionnalité, et par là au Développement Durable !

Pour contacter Claire Gérard: claire.gerard@bicworld.com

Site Web du programme Bic Recycle : www.bicrecycle.com

Vers l'intelligence matérielle

Jeter est inévitable: tout ce que nous fabriquons depuis toujours finit tôt ou tard au rebut.

Tant que les matériaux que nous mettions en œuvre étaient peu transformés, notre milieu naturel était en mesure de les dégrader pour les réassimiler.
Aujourd'hui, les matériaux de synthèse sont omniprésents dans nos productions, et si les possibilités qu'ils offrent sont incontestables, la gestion que nous en avons pose problème.
Ces matériaux sont pour la plupart issus de ressources finies dont l'extraction et la transformation impactent notre milieu, et alors que nous devrions logiquement tout mettre en œuvre pour assurer la pérennité de ce capital, nous le dilapidons à une vitesse toujours plus grande, avec des effets toujours plus importants (en Alberta au Canada ou dans le Golfe du Mexique par exemple). Une fois mis en œuvre, ces matériaux ont une stabilité chimique si longue que leur persistance dépasse de beaucoup leur durée d'usage, et notre incapacité à gérer convenablement leur recyclage provoque leur dissémination dans notre environnement sans ralentir l'exploitation des ressources.
Le modèle Cradle to Cradle (du berceau au berceau) adresse ces problématiques et propose une gestion en boucle fermée des matériaux, inspirée de celle qui régit notre biotope, dans laquelle la notion de déchet n'existe pas. Dans ce modèle, nous avons pris conscience de la préciosité des matériaux à notre disposition et ils constituent dès lors le véritable capital de l'entreprise: seule la fonction portée par les matériaux est commercialisée. Dans cette économie de la fonctionnalité, il s'agit d'ordonner les matériaux afin de maintenir leur qualité et donc leur capacité à être réutilisés par l'entreprise. Le design industriel devient alors hautement stratégique : à son rôle traditionnel qui consiste à concevoir des produits, s'ajoute celui de garantir la possibilité de réintégrer leurs matériaux constitutifs dans la conception des produits à venir.

Pour contacter l'auteur: d.lhote@stratecollege.fr

Pour en savoir plus sur le Cradle to Cradle: Le livre (anglais)

Résumé du livre en français sur le blog de David L'Hôte, deformat.org.

 

Du "partage" à l'offre commerciale

Le ratio clé de l’impact environnemental des produits me semble aujourd’hui être le MIPS : Material Intensity Per Service unit, ou impact environnemental du produit ramené au service rendu. Ce ratio nous montre d’emblée qu’au-delà du travail sur les matériaux, la conception et la logistique, il faut travailler à augmenter le nombre d'utilisateurs des produits… et curieusement, cette deuxième voie offre au concepteur des sujets majeurs.

On pense d’abord au marché de l’occasion et au don, qui s'organisent maintenant de façon très efficace grâce au Web. D'autres sites permettent de multiplier les utilisateurs d'un objet peu utilisé en troquant son utilisation ou sa fonctionnalité contre celle d’un autre objet, contre des services à la personne ou contre de l'argent. Si certains, comme l’initiative Espace Troc du Rhône en Vert, reposent sur un principe de troc direct, d’autres, comme Easyswap, proposent un Système d’Échange Local (SEL) utilisant une monnaie alternative sous forme de points. Enfin, Zilok et E-loue coordonnent la location de biens entre particuliers, transformant l’objet domestique en actif pouvant générer des revenus au même titre que l’immobilier.

Si l’initiative sociale et solidaire que l’on peut accorder à ces propositions est certainement louable, les industriels doivent-ils ignorer ces nouveaux comportements? Certainement pas, car la multiplication des utilisateurs d’un produit engendre une nouvelle série d’exigences de fonction, de durabilité et de sécurité, de contrôle et de facturation, de logistique, de gestion des consommables, etc… Le développement de réseaux de partage, et de location de produits et de services entre particuliers est en train de dresser les lignes directrices d’offres commerciales d’économie de fonctionnalité efficaces et rentables. Il incombe aujourd’hui à l’industriel novateur de l’observer et d’inventer un cahier des charges qui lui permettra de séduire une nouvelle catégorie de consommateurs prêts à dissocier usage et propriété.

Pour contacter l'auteur: mauroy@capinnov.altavia.fr

Cessez de vider vos poches, remplissez vos consommables

Les consommateurs partagent sur Internet leur savoir-faire sur le détournement de capsules de café, rasoirs jetables, filtres à eau…

À une époque où la diffusion de l'information est telle que n'importe qui peut apprendre à crocheter des serrures réputées inviolables, peut-on vraiment verrouiller sa clientèle en empêchant tout détournement des consommables propriétaires? La suite sur le Blog

 

Michelin en route vers l’économie de fonctionnalité

La division Michelin Fleet Solutions commercialise des prestations de chaussage de flottes de véhicules de transport routier selon les kilomètres parcourus et les charges transportées… et du coup, gère mieux le cycle de vie des matériaux mis en œuvre.

Un pas en avant, certes, et un modèle qui peut inspirer bien d'autres industriels. Reste que la boucle de recyclage à l'infini n’est pas encore là et la valorisation qui est aujourd'hui accordée n'est qu'un sursis avant l'inévitable statut de déchet. La suite sur le Blog

 

Bienvenue dans l’ère du quaternaire !

Tel est le message de cet ouvrage écrit par une économiste de talent, Michèle Debonneuil, celle qui est à l’origine du plan Borloo de développement des services à la personne. Après l’ère du primaire dominée par le secteur agricole, puis l’ère de l’industrie, l’ère tertiaire avec les services, nous entrons dans l’ère du quaternaire : la génération de services « hybrides » intégrant des biens, le passage d’une économie de la possession à une économie de l’utilisation, permettant ainsi de réduire de nombreux gaspillages et de créer de nouveaux emplois.

En arrivant à proposer un nouveau modèle économique qui réconcilie le développement économique et le progrès social et humain, Michèle Debonneuil donne les moyens de relever les défi
s du développement durable.

L'espoir économique. Vers la révolution du quaternaire par Michèle Debonneuil

éd. Bourin , 2007, 144 p., 16 euros

Recommandé par Hugues de Vaulx, Directeur associé, Coop Alternatives.

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