Accueil Transports & mobilités, quelles sont les 5 innovations qui peuvent changer les comportements ?

Transports & mobilités, quelles sont les 5 innovations qui peuvent changer les comportements ?

par Gabriel Plassat

Dans le domaine des transports & mobilités, l’innovation est depuis des décennies un objectif majeur pour de nombreuses entreprises. Elle structure leurs actions, leurs organisations et leurs comportements.

Innover devient un besoin de survie de l’entreprise, un facteur de différenciation vis-à-vis de ses concurrents, avec dans de nombreux cas des produits/services en décalage par rapport aux besoins de notre société.

Sur le long terme, compte tenu d’une part, des tendances connues sur les prix des énergies, les contraintes sur les émissions de GES et de polluants, sur la démographie et l’urbanisation, ainsi que les objectifs « extérieurs » (Facteur 4, Qualité de l’Air, moyenne des véhicules à 95gCO2/km …) et d’autre part, sur les incertitudes concernant les ressources budgétaires publiques et privées, les modes de vies et de consommation, il est proposé comme objectif global :

Identifier et promouvoir les solutions de transports de marchandises et mobilités ou d’immobilité des personnes les plus performantes pour tous, sur tout le territoire, pour permettre de réaliser leurs activités, en les réorganisant si besoin.

Il sera proposé ci dessous 5 innovations : « nouvelles économies de la connaissance », mettre en oeuvre les meilleurs living labs, innover dans les partenariats, dans les intermédiaires, dans un système énergétique autoqualifié.

Les solutions « gagnantes quelque soit l’avenir » sont liées à des capacités que l’on va mettre en œuvre pour atteindre l’objectif global (Identifier et promouvoir les solutions de transports de marchandises et mobilités des personnes les plus performantes pour tous, sur tout le territoire). Elles permettent d’être plus robustes aux contraintes (économique, sociale, environnementale) à venir que l’on ne connaît pas en intensité, en planning:

  • Sobriété, Efficacité énergétique : capacité à garantir le même service de mobilité avec moins d’énergie, de pollution
  • Modes doux, diversification énergétique : capacité à garantir le même service avec une autre énergie fossile, renouvelable ou propulsion humaine,
  • Pouvoir choisir un mode de transport parmi plusieurs : capacité à changer facilement de mode selon les contraintes (économique, social, environnemental) à venir,
  • Pouvoir choisir l’immobilité ou la mobilité, donc en parti son lieu d’habitation : capacité à atteindre un service et mener une activité professionnelle quelque soient les contraintes à venir,
  • Connaître pour mieux les protéger les plus faibles, ceux qui ne peuvent pas choisir d’autre mode que la voiture, ceux qui ne peuvent pas choisir l’immobilité ou la mobilité, ceux qui ne peuvent pas choisir leur lieux d’habitation : capacité à protéger les plus faibles des contraintes à venir.

Pour atteindre cet objectif global, nous pouvons proposer de plusieurs étapes clés :

  • Expérimenter la dépossession de l’automobile et le passage à l’usage des modes de transports alternatifs,
  • Favoriser le développement de toutes les formes de mobilité (efficace, à énergie alternative), expérimenter l’usage de toutes ces formes de mobilité,
  • Sur la base des critères de performances connus, développer des outils permettant, pour les différents acteurs, de connaître, choisir au mieux et utiliser au mieux, la ou les « meilleures » solutions selon leurs pondérations de critères pour chaque déplacement.Ceci passe par une transparence totale sur les critères de performance, ce qui suppose de les connaître. La transparence permettra naturellement par les lois du marché de ne sélectionner que les solutions transparentes et « rentables » pour les acteurs,
  • Développer et expérimenter les solutions de multimodalité temps réel pour les citoyens aidées d’un Assistant Personnel de Mobilité,
  • Fixer des objectifs locaux en matière d’émissions de GES, Qualité de l’Air, congestion et Développer / expérimenter des modes de gouvernance multimodaux permettant d’atteindre les objectifs,
    • Garantir, aux niveaux national et local, que les choix des acteurs basés sur différentes pondérations des critères permettent de respecter les objectifs locaux et nationaux. Ceci nécessitera un outil spécifique associé au pilotage des contraintes (taxes, fiscalité…) / récompenses et de nouveaux modes de gouvernance pour les appliquer au mieux. (Si une solution est majoritairement choisie par les acteurs et qu’elle ne permet pas de respecter le F4, les contraintes qui lui sont appliquées devront croître : plus de taxe par exemple).
    • Suivre plus particulièrement les plus faibles, les plus dépendants de l’automobile.
  • Garantir, aux niveaux national et local, que les choix sont accessibles par tous (équité sociale), sinon modifier les contraintes/récompenses en fonction des acteurs.

Il y a aujourd’hui en France à la fois des compétences scientifiques, industrielles, intellectuelles et organisationnelles parmi les meilleures, donc des innovations dans chaque « silo » comme le véhicule ou les infrastructures, mais très peu d’innovations systémiques permettant de nous orienter dans cette trajectoire du facteur 4, du découplage au pétrole, d’une bien meilleure utilisation de nos véhicules. Il est proposé une liste d’innovations à engager au plus vite :

A- Innovations « Nouvelle économie de la connaissance » : que l’on peut décomposer en deux parties, l’accès à de nouveaux savoirs, et holoptisme & monnaies.

« Nous accédons à la connaissance » : Innover pour mettre en œuvre une solution élégante, pour reprendre les mots de Mark Zuckerberg à propos de Facebook, permettant à tous les citoyens volontaires de faire remonter leurs données d’usage géolocalisées : quel mode de transport, quand, où, quelle heure ? Gotoo ouvre la voie, Foursquare pourrait l’intégrer, et déjà des scientifiques utilisent les 1ère données remontées pour accéder à ces nouvelles connaissances. En complément des sondages, des enquêtes, ces masses de données d’usages réels pourraient remonter permettant de connaître les principaux flux en intégrant le contexte, donc les facteurs influents, puis de prévoir les flux. Aujourd’hui, aux USA, des forces de police sont envoyées en anticipation dans certains quartiers, sur la base de modèle prédictif (développés avec IBM). Et si demain, les opérateurs de transport étaient capables d’organiser l’usage de leur flotte de véhicule en fonction des prédictions de flux 2 ou 3 jours à l’avance, de mettre le véhicule adapté aux besoins, de supprimer certains bus pour en mettre plus sur une autre ligne. Mais pour cela, il faut que le citoyen trouve son intérêt, il faudra d’une certaine façon l’intéresser, le rémunérer, qu’il comprenne et observe que les données qu’il remonte : ne portent pas atteinte à sa vie privée (personnel), permettent de maximiser les biens publics (collectif), sont bénéfiques pour lui et les autres. Ces connaissances nouvelles permettront également à de nouveaux fournisseurs de service de quantifier les marchés potentiels, de cibler de nouveaux besoins, d’expérimenter aux meilleurs endroits. Cette première brique nécessite des innovations multiples dans plusieurs secteurs : Holoptisme & les Monnaies.

 « Holoptisme et Monnaies ». L’holoptisme est un espace qui permet à tout participant de percevoir en temps réel les manifestations des autres membres du groupe (axe horizontal) ainsi que celles provenant du niveau supérieur émergeant (axe vertical). Ainsi une équipe de sport fonctionne en situation d’holoptisme car :

Chaque joueur perçoit ce que font les autres joueurs, chaque joueur perçoit la figure émergente de l’équipe et réagit en conséquence, ce qui change la figure globale, et ainsi de suite. L’intérêt d’avoir des solutions qui placent les utilisateurs en situation d’holoptisme :

  • se montrent accessibles et disponibles à tous en temps réel ;
  • ne surchargent pas d’information, mais au contraire offrent à chacun des synthèses artificielles « angulées » et contextualisées ;
  • permettent la matérialisation, la visualisation et la circulation d’objets-liens destinés à organiser la convergence et la synchronisation du collectif.

En reprenant l’innovation précédente : inventer un moyen d’incitation/récompense auprès des citoyens pour bâtir des nouvelles connaissances sur les flux qui peuvent être considérés comme des données d’intérêt collectif. Pour cela, il est proposé de considérer le potentiel très puissant de solutions « holoptiques » pour instaurer une dynamique de propagation virale :

  • l’innovation doit permettre un avantage individuel immédiat (pour tous les acteurs engagés) : un ou deux clics, simplicité absolue, avantages clairs et compréhensibles,
  • l’innovation doit permettre aux pionniers qui la choisissent de la vendre à leurs amis, l’innovation doit donc prévoir dans sa conception des moyens de la faire connaître, de la diffuser : j’ai intérêt à ce que mes amis l’utilisent, mes amis vont gagner à l’utiliser,
  • l’innovation doit permettre à chaque pionnier de voir ses progrès, le bénéfice de ses actions et également que le groupe de pionniers s’engage (holoptisme) : je ne suis pas seul, je suis dans un groupe de pionniers, je vois et quantifie les effets de mes actions et de nos actions collectives.
  • la (ou les) monnaie complémentaire apporte de nombreux avantages en terme de diffusion virale, de fidélisation, de re-localisation des actions dans nos territoires, d’engagement possible de tous les citoyens, de ré-intégration possible des externalités et/ou des économies d’énergies.

B- Mettre en œuvre les meilleurs living labs : Les changements d’usage et de comportements visés nécessitent de nouveaux laboratoires impliquant l’ensemble de la société dans de nombreux territoires. L’innovation porte ici sur la capacité d’un territoire à mettre en œuvre toutes les simplifications pour expérimenter, à mettre à disposition l’accès simple et numérique à toutes les données caractéristiques et influentes (du territoire) sur l’expérimentation, à créer  une dynamique auprès des citoyens pour qu’ils soient volontaires aux expérimentations et capables de participer à la co-conception, à fournir les meilleures « conditions aux limites » pour les projets innovants. L’objectif de cette innovation est de permettre d’engager des expérimentations dans les conditions idéales, elle implique majoritairement les collectivités. Voir également ICI.

C- Innover dans les partenariats : Les projets à engager sont d’une telle ampleur et complexité que de nombreuses compétences sont nécessaires. Il faut donc être capable de les identifier, les grouper, les synchroniser puis les animer. Des innovations sont ici nécessaires pour fédérer de nouveaux partenariats, créer une véritable « écologie d’acteurs » dont les synergies et les effets catalyseurs permettront de trouver des modèles d’affaires inaccessibles aujourd’hui. Voir également ICI.

D- Innover dans les intermédiaires : En matière d’innovations sur les véhicules, les plus grands bénéfices sont à attendre dans de nouvelles prothèses : le vélo pliable, léger, format A4, couplable aux transports en commun ; le véhicule léger (vraiment léger : 400kg) à moins de 2 l/100km partageable et intégrable dans tous les services de mobilité donc ouvrable avec smartphone, géolocalisé, à maintenance simplifiée et contrôlable à distance. Plus généralement tous les interstices entre les domaines comme véhicule/infrastructure ou infrastructure/énergie sont des gisements d’innovations majeures.

E- Innover dans un système énergétique autoqualifié en CO2 : Ces innovations portent sur la création d’un système de distribution d’énergie (multisources : pétrole, bio-gaz, électricité, …) intégrant une auto-qualification de la performance énergétique permettant aux utilisateurs de connaître leur bilan, aux entreprises de rendre compte dans leur bilan RSE, d’optimiser leur organisation et les usages, et leur choix de véhicule. Voir également ICI.

Toutes ces innovations permettront alors :

  • de concevoir et mettre en œuvre de nouvelles solutions  de mobilité / immobilité,
  • de les expérimenter, de les diffuser rapidement et massivement dans tous les territoires, pour tous les citoyens,

Il sera alors possible, par exemple, de commercialiser et d’utiliser des véhicules légers à moins de 2l/100km avec plusieurs personnes à bord du véhicule. Ces objets (véhicule à moins de 2l/100km) ne nécessitent pas d’innovation technique majeure (voir ICI et LA), mais une constellation d’innovations connexes dont nous avons effleurées les concepts.

1 commentaire

A Facebook User 28 septembre 2011 - 10 h 55 min

Bonjour à tous, « encore » un excellent article que nous livre Gabriel dans cet article !
Beaucoup de choses à abonder dans ce texte… Je note particulièrement le commentaire sur « gotoo ouvre la voie »… mais ce n’est pas le seul..

Merci pour cette approche très qualitative,

Nicolas

Reply

Laisser un commentaire