Territoire Collectivité Etat Europe

[fiction N°14] Congestion robotisée

Il fallait désormais se rendre à l’évidence. La robotisation des voitures n’a pas eu l’effet escompté. Enfin tout dépend pour qui… Tous les constructeurs avaient poursuivi les options d’assistance, de sécurité, de délégation de conduite, de parking automatique. De vrais salons roulants. Chacun le sien.

Quelques équipementiers de rang 1 développent et industrialisent des autopilotes complets. Les utopies de solution de mobilité robotisée n’avaient pas réussi à voir le jour. La voiture, même robotisée, reste un objet personnel, très rarement partagé. Et la ville n’est pas modélisable, prévisible même pour les dernières IA.

Trop chaotique, trop humaine.

robot_congestion

[Lire la suite…]

[fiction N°13] Tout a basculé. En 6 mois…

D’abord les taxis électriques fortement subventionnés. Puis obligatoires. Dans 3 mégalopoles. Puis 10. 6 mois…

[Beijing, été 2022] Les évènements politiques aux USA, puis en Europe, avaient donné à la Chine le moment qu’elle attendait. Cela devait arriver. Juste une question de temps. Pour les dirigeants chinois, le temps n’est pas linéaire. Inspirer le monde et donner l’exemple, telle était devenue la raison d’être de plusieurs villes chinoises. Et cela avait commencé par des investissements dans les énergies renouvelables, le transport et la logistique avec la Belt & Road Initiative.

Les USA ont décidé de se refermer sur eux-mêmes, les Européens de se déchirer, la Chine s’affiche désormais aux frontières de l’innovation dans de nombreux domaines : l’énergie, la mobilité, la sécurité, l’IA.

Après avoir observé les conséquences des taxis électriques, le gouvernement avait décidé de restreindre à l’intérieur du 4ème périphérique des 5 principales villes la circulation aux robotaxis. Les plateformes y travaillaient depuis plusieurs années avec détermination : Didi, Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi… Les robotaxis se déployaient d’abord pour montrer au monde la puissance des industries chinoises. Ces objets condensaient le savoir faire des meilleures entreprises du pays. Des centaines puis des milliers de robots en circulation, créant de facto des quantités de données immenses pour alimenter les moteurs d’apprentissage et les IA. Pour les dirigeants, cette initiative combine plusieurs effets : innovations à la croisée de nombreux domaines, action pour la qualité de l’air, visibilité mondiale, bénéfices collatéraux pour la logistique.

Il a fallu 6 mois pour que tout s’aligne, que les erreurs du début ne soient qu’un mauvais souvenir et que les facteurs de défaillance ne soient plus qu’une longue série de 0. Tout le monde regardait la Chine et personne ne s’attendait à la phase suivante. Nous pensions que la mobilité robotisée allait arriver progressivement, par étape, comme indiqué sur les powerpoints. Elle a émergé aux endroits les plus propices et s’est répandue jusqu’aux limites.

beltroad

[Lire la suite…]

Les GAFA et les territoires

Dans le cadre du lancement de France IA, stratégie nationale, ce post aborde surtout l’IA faible et le rôle des territoires. Olivier Ezratty offre une synthèse complète sur le sujet [pdf]. L’IA faible est maintenant au contact de la multitude via nos smartphones. Des IA utilisent déjà d’autres logiciels comme des jeux videos pour apprendre (voir Udacity dans le domaine des mobilités), d’autres comme QuickDraw implique la multitude. Un précédent article basé sur l’étude de TheFamily identifiait les principales raisons qui conditionnent l’émergence d’acteurs numériques majeurs. L’objet de ce post est plutôt d’identifier quelques pistes pour équilibrer la position des collectivités à l’égard des plateformes existantes. Les collectivités deviennent des points de passage importants vers de futurs gisements de données et vers de nouvelles relations avec la multitude. Les plateformes ne feront pas de véhicule (voir Google ne s’intéresse pas d’automobile) car il est plus rentable de se positionner à la périphérie et au plus près de la Multitude. Les collectivités devront faire levier des plateformes et co-innover tout en imposant plusieurs conditions.

gafanomic2source GAFANOMICS by FaberNovel

[Lire la suite…]

Ceci n’est pas une place de parking

Le contrôle-sanction du stationnement va être géré par des sociétés privées. Cette réforme, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2018, est permise par la loi sur les métropoles (loi MAPTAM) de 2014. Elle conduit au développement de nouvelles solutions techniques comme cette voiture équipée de caméra avec reconnaissance de plaque beaucoup plus « efficace » qu’un humain (lien vers un article). Aujourd’hui le rendement du stationnement, c’est-à-dire le paiement réel du stationnement est faible, et donc la privatisation est vue comme un moyen d’augmenter ce rendement en acceptant qu’une société privée se rémunère sur une partie des bénéfices. Ce premier niveau de lecture est intéressant mais totalement insuffisant pour envisager les prochaines années.

Une place de stationnement doit être vue en même temps comme une gare multimodale, un espace public d’une très grande valeur économique, un facteur d’attractivité économique pour les commerces et en général tous les acteurs urbains, un élément essentiel de la carte et une donnée stratégique à maîtriser en temps réel. Aucun acteur n’a engagé aujourd’hui une démarche coordonnée pour se placer au centre de la valeur. Sauf Google.

[Lire la suite…]

L’âge des écosystèmes conscients

Constatons un certain nombre de chose. Allégeons-nous de réflexes et d’automatismes. Le temps presse. 2020 c’est demain et 2030 n’est pas loin. Dans un monde profondément VICA, l’allocation de la ressource principale, le temps, est à revoir.

Il est très improbable qu’un dispositif d’incubation et d’accélération transforme un groupe industriel pour lui permettre de devenir agile ou de mettre en œuvre une innovation radicale. De même, la probabilité que votre startup (ou celles que vous incubez) ne refasse Uber ou un équivalent est quasi nulle (et si, par bonheur/malheur, cela arrive que faites-vous ?). Pour autant, le nombre de challenge ne cesse de croitre et rien n’est plus important que d’accompagner tous les acteurs volontaires.

Individuellement, plus aucun acteur n’est capable de penser et d’agir seul dans la complexité pour délivrer sur le marché une solution. Jamais le besoin ressenti de collaboration et de coopétition n’a été aussi grand. Mais les réflexes de repli et les automatismes de fermeture sont tenaces. Ils sont partout, engrammés dans nos comportements collectifs et individuels : nos réunions tous assis autour d’une table, nos prises de parole sans vraiment écouter l’autre, nos processus de décision verrouillés et descendants notamment pour gérer notre temps et nos ressources. Tout cela est daté, d’un temps où l’environnement était stable et prévisible. Nous ne pouvons voir ces limites uniquement après avoir pris suffisamment de recul et être sorti du bocal. Imaginer que toute votre vie, depuis votre naissance, vous respiriez à travers une paille, ou portiez une pierre sur votre dos. Le corps, votre respiration, vos gestes et votre vie se seraient organisés avec ces contraintes. Vivre sans serait inconcevable puisque ça a toujours été.

Et paradoxalement, une petite équipe organisée et déterminée peut faire basculer un secteur industriel. Est-ce le hasard ou fonctionne-t-elle différemment ? Nous proposons de tirer parti des opportunités et d’apporter quelques nouvelles ressources sur un nouvel acteur : l’écosystème. En nourrissant l’écosystème de nouvelles richesses, les acteurs qui y seront le mieux connectés peuvent en tirer bénéfice et certains bénéfices enrichiront à leur tour l’écosystème. Ce flux de richesse est complémentaire aux approches traditionnelles en mode consortium fermé ou en mode filière. Il va par contre agir différemment sur l’acteur qui l’investit et nécessite, pour le faire, une vision très différente.

cache_20434220

[Lire la suite…]

Aux sources de l’utopie numérique

Il y a des livres dont vous savez dès les premières pages que vous n’en sortirez pas indemne. Aux sources de l’utopie numérique est un de ceux-là. Pourquoi ne pas l’avoir lu avant ? En remontant aux sources des géants numériques, Fred Turner nous apporte les clés pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Les rencontres, les personnes, les courants de pensée, les techniques forment ce récit d’une épopée née il y a plus de 40 ans.

auxsources [Lire la suite…]

Columbus, est-ce là que tout va commencer ?

Est-ce que l’histoire retiendra que la ville de Columbus a été la première à mettre en œuvre une approche radicalement nouvelle pour améliorer les mobilités sur son territoire (article du Guardian qui présente les échanges entre Google et la ville de Columbus) ? ou est-ce que Flow rejoindra la liste des projets de Google X « qui ont échoués » (vidéo : comment Google apprend des échecs et poussent les projets à échouer plus vite) comme les Glass ? La situation s’apparente à l’expérience du chat de Schrödinger. Quand nous saurons, ce sera trop tard. Si SideWalk lab réussit à optimiser les flux, réduire les coûts tout en quantifiant précisement les bénéfices pour toutes les parties prenantes, même si cette approche est moins « scalable » qu’un waze, avant 2020 des villes européennes auront contractualisé. Et là encore, terrible effet des rendements croissants, plus les moteurs d’apprentissage de Google seront alimentés par différentes villes, plus ils seront précis et apporteront de la valeur et plus les villes voudront en bénéficier.

columbus

[Lire la suite…]

[balise N°2] Les Transports du Futur

Une 1ère balise posait un constat sur les acteurs en présence, les défis à relever et une piste étroite à explorer. En à peine une année, les oscillations de l’éco-système se sont amplifiées. Les dispositifs régulateurs ne suffisent plus pour retrouver une situation stable, historique, pour revenir “avant”. Ni les normes, ni les règles en place, ni les fédérations ne permettent d’amortir et de réguler. C’est même l’inverse, à chaque grève, les téléchargements augmentent. Les GAFA et NATU sont maintenant connectés à la multitude et proposent des solutions de mobilités opérationnelles. Ils ne cherchent pas à concurrencer les acteurs historiques, ils souhaitent simplement être au centre de l’attention de la multitude. Pour l’enrober en permanence, pour être sûr de rester en contact avec elle. Intégralement. Et les dommages collatéraux n’ont pas encore eu lieu.

CjYEJgfUUAYDKVt.jpg large [Lire la suite…]

Les communs, l’open source, les objets liens et l’Art de la Guerre [2/2]

Inspirer et faire alliance permet d’être plus fort, d’aller plus vite, avec moins de ressource. Dans un monde Vulnérable, Incertain, Complexe et surtout Ambigu, encore faut-il savoir le faire. Cet article est la suite du N°1.

Les objets liens

Les principales caractéristiques de l’objet lien sont la réflexivité (il permet à la communauté de se voir faire et progresser collectivement), l’angularité (il se présente pour que chaque acteur puisse exprimer son potentiel, individuellement), l’adhésion (il conduit les acteurs à collaborer autour de lui et à inviter d’autres acteurs) et la capitalisation (il progresse et s’améliore lui-même ou les parties prenantes). Les objets liens sont essentiels dans des écosystèmes industriels pour augmenter les frictions et les interactions, faire émerger des projets. En introduisant des objets liens ouverts et documentés, les barrières à l’entrée s’abaissent pour les nouveaux venus. Il devient plus simple et rapide de tester son idée auprès de ses pairs en s’appuyant sur ces ressources. En théorie, nous devrions veiller à une totale « équipotentialité » d’accès : toute personne motivée devrait pouvoir accéder à toutes les ressources. Chacun peut alors s’inviter dans les communautés qui l’intéressent, y contribuer et produire à son tour. Plus les objets liens sont ouverts, plus ils peuvent être utilisés donc renforcés et améliorés, augmentant à leur tour leurs attractivités.

Progressivement, les objets liens et le dispositif associé qui en facilite l’usage deviennent une plateforme contributive.

escher_004

[Lire la suite…]

Les communs, l’open source, les objets liens et l’Art de la Guerre [1/2]

Les communs (re)deviennent à la mode. Les livres et les théories fleurissent. Mais aujourd’hui ils ne parlent pas à la plupart des acteurs industriels. Elinor Ostrom décrit les biens communs comme une ressource rivale et non-exclusive, ce qui les distingue des biens publics, qui eux, sont non rivaux et non exclusifs. Elle souligne la dualité des communs, à la fois ressource exploitée en commun et régime de droits de propriété dérogeant au paradigme de la propriété privée.

Les bases des communs sont également bien détaillées dans ce document rédigé récemment par H.Verdier et C.Murciano. Nous nous intéressons ici aux « nouveaux biens communs, le plus souvent co-construits ». Aujourd’hui, la co-création (les communs mais également l’open source) participe de mouvements qui vont de l’engagement citoyen, l’économie sociale et solidaire jusqu’à des stratégies industrielles de conquête. Quand une filière industrielle veut passer de l’industrie de la voiture (quelques millions d’unités par an) à l’industrie des services de mobilités (plusieurs dizaines de millions d’unités par jour), une multitude de standard, de service, de partenariat, d’alliance sont à créer, vite.

osvLe projet Open Source Vehicle

Inspirer et faire alliance permet d’être plus fort, d’aller plus vite, avec moins de ressource. Dans un monde (VICA) Vulnérable, Incertain, Complexe et surtout Ambigu, encore faut-il savoir le faire.

[Lire la suite…]