Va-t-on connaitre la pollution réelle des voitures ?

L’annonce récente de la maire de Paris, Anne Hidalgo, et du maire de Londres, Sadiq Khan, d’inventer un système de notation de la pollution des véhicules est particulièrement éclairant sur plusieurs aspects. Pour les plus pressés, nous développerons trois points : les villes reprennent la main, la transparence n’est plus une option et la voiture connectée vous dira bien ce qu’elle a envie de vous dire.

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Les villes reprennent la main

Aux USA comme en Europe, des villes décident de devenir leader sur des sujets autrefois réservés aux Etats. En contact plus direct avec les citoyens, reliées en réseau comme C40, les villes se livrent une compétition pour être la plus … attractive, dynamique, écologique ou encore transparente. Dans le domaine des transports, le développement des véhicules robotisés sera notamment lié à l’implication des villes dans les expérimentations, les évolutions juridiques et institutionnelles, les capacités à impliquer les citoyens. Cette tendance n’est pas nouvelle, au contraire. Les villes monde ont marqué l’histoire des civilisations en créant un cœur plus attractif qu’ailleurs : Gênes, Venise, Anvers  . Elles sont connectées aux flux de marchandises par des ports performants, déploient un interland ramifié vers les terres, concentrent les talents, les infrastructures et bien souvent les centres de décision qui voient le monde par leurs prismes. En se connectant entre elles, émergent un monde d’hyperdensité pour hypernomades.

Devant l’évidence de la pollution atmosphérique dont nous connaissons les niveaux et surtout les effets sur la santé, cette décision est finalement le bon sens. Puisque les constructeurs sont capables de vendre des voitures qui ne respectent pas la réglementation, puisque les règlementations ne représentent pas tout à fait la réalité, puisque le consommateur n’a aucun moyen aujourd’hui de connaitre les émissions réelles, ni la consommation réelle d’un véhicule neuf ou d’occasion, puisque le citoyen est obligé de respirer l’air là où il est, alors il devient nécessaire de connaître les émissions réelles. Et déjà d’autres villes membres du C40, parmi lesquelles Madrid, Mexico, Milan, Oslo et Tokyo se sont jointes au projet pour créer ce système de notation mondial précis et accessible à tous.

La transparence n’est plus une option

Etonnant qu’un tel système de notation ne soit pas né d’un Etat ou de l’Europe. Rembobinons le film … La pollution devient visible dans les années 70 et conduit d’abord aux USA à créer les premières normes sur les moteurs et sur les carburants (ce dont personne ne parle …). Progressivement le phénomène s’étend aux villes et les normes se structurent aussi en Europe et au Japon principalement sur 4 polluants (CO, HC, NOx et PM) sur les moteurs et sur les carburants avec des impacts importants sur les raffineries. Rappelons qu’à ce moment là les pétroliers font pression à cause des surcoûts engendrés par ces normes pour réduire la teneur en soufre des carburants. Ces normes font émerger de nouvelles industries autour de la dépollution et des filières se créent sur les métaux précieux essentiels à toute catalyse. Tout cela se poursuit avec des normes de plus en plus difficiles tant coté moteur que carburant. Il est vite observé que les progrès « théoriques » sur les moteurs ne sont pas corrélés avec la qualité de l’air qui ne s’améliore pas « autant ». Cela s’explique un empilement d’approximation :

  • Les normes d’émissions sont réalisées sur des cycles d’usage qui ne sont pas des cycles réels et dans tous les cas sur lesquels les constructeurs vont « optimiser » les émissions,
  • Le parc vieillit et les normes s’appliquent surtout sur le neuf,
  • La chimie de l’atmosphère est complexe et les métiers bien sillotés,
  • Seuls 4 polluants sont réglementés.

La course à la dépollution amène très tôt l’électronique dans la voiture pour gérer à moindre coût l’injection du carburant. Et récemment l’affaire VW montre que l’électronique permet aussi de faire fonctionner les systèmes de dépollution de façon « maîtrisée » par le constructeur. Aujourd’hui, nous avons toujours un non-respect des plafonds d’émissions (qui a valu récemment à la France un dernier avertissement de Bruxelles), des normes qui sont plus ou moins éloignées de la réalité et des citoyens qui respirent.

Dès 2011 nous parlions dans ce blog de transparence dans plusieurs articles (pour les personnes, pour les marchandises, et l’arrivée d’un Point Break visionnaire). Aujourd’hui, la transparence n’est plus une option. Les constructeurs seront contraints ou volontaires, comme PSA, à produire toutes les données ayant un impact sur le climat et la qualité de l’air. Toutes les technologies sont là, ce n’est qu’une question de volonté ou de contrainte. J’écrivais en 2014 :

Si les constructeurs ne s’y engagent pas, d’autres entrepreneurs le feront. Ils posséderont alors les données stratégiques, déterminantes pour les consommateurs. D’ici moins de 5 ans, des véhicules produiront eux-mêmes leurs émissions en temps réel. Cette transparence, quelque soit la valeur des émissions, leur donnera également une priorité d’accès et des avantages.

La voiture connectée

Paradoxalement, alors que la pollution de l’air tue chaque jour, rien n’est communiqué sur le sujet pour les prochaines voitures connectées. La voiture connectée pourra, je cite en reprenant le dernier CP Microsoft/Renault, personnaliser vos réglages, améliorer sa productivité, être mise à jour, garder le contact, contrôler la voiture à distance, protéger du vol ou encore améliorer l’expérience. Mais rien sur la production en temps réel des émissions de polluants et la consommation vers des associations de consommateurs, la collectivité, l’Etat. Pourtant tout est possible. Il suffit de le vouloir. La voiture connectée ne produira que certaines données sélectionnées par les acteurs influents.

Les villes monde sont devenues influentes. D’ici deux ans, les villes monde en réseau auront réussi à imposer aux industriels ce qu’aucun état n’avait réussi à faire et les voitures auto-produiront leur performance environnementale.

Il n’y aura plus besoin de norme.

Il aura fallu 40 ans.

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