Combien de temps vous reste-t-il ?

Patagonia

La transition numérique oblige les entreprises à se ré-inventer. Leur position change dans la chaîne de valeur de chaque filière. De nouveaux entrants s’insèrent chaque jour et modifient les maillons des filières. Or en souhaitant satisfaire (ou à minima garder) leurs clients habituels en sur-investissant les mêmes produits, certaines entreprises industrielles font trois erreurs qui se cumulent. Ces décisions questionnent désormais leur survie.

  1. Elles développent des produits similaires, se positionnent en compétition avec d’autres (lire zero to one), évoluent de façon incrémentale, au lieu d’ouvrir de nouveaux champs, de s’attaquer aux problèmes quotidiens et de faire alliance avec la multitude (lire notamment
  2. se faisant, pour accéder à des économies d’échelle, elles sont obligées de grossir, de mettre en œuvre des procédures qui figent encore plus les rares opportunités de penser autrement. Comme le montre le dilemme de l’innovateur (lire l’article Toyota versus Google), elles deviennent incapables collectivement de sortir de l’ornière, même si individuellement tout le monde en a conscience,
  3. elles se focalisent sur leur client sans s’intéresser aux nombreuses parties prenantes en contact avec le produit, la marque, la communication du produit, les externalités générées par le produit. C’est-à-dire tout le monde.

Dans des marchés de plus en plus conscients (c’est-à-dire éduqués et connectés), d’autres voies émergent : Comprendre le monde tel qu’il est, mettre en œuvre d’autres formes d’intelligence collective et s’engager dans la réalisation de produits parfaits.

Comprendre le monde tel qu’il est

Et non comme vous voudriez qu’il soit. C’est probablement le passage le plus délicat et aussi le plus souvent ignoré. Avez-vous conscience des innovations sociales à l’œuvre dans vos domaines (lire l’article Les innovations sociales et les différentes formes d’IC), celles qui n’attendent ni les pouvoirs publics ni les entreprises ? Pensez-vous que ces acteurs sont des clients, des concurrents ou des alliés ? Avez-vous compris comment a émergé le bitcoin et pourquoi il s’est diffusé (lire l’article sur Uber) ? Pensez vous à intégrer le blockchain dans vos contrats ? Avez-vous intégré les enjeux des communs, de l’open source, de la gratuité pour innover dans des champs à priori compétitifs (voir la Fabrique des Mobilités et le temps des Communs)? Connaissez-vous les 3 startups qui œuvrent aujourd’hui dans le monde dans votre domaine et qui pourraient vous « concurrencer » ? Quelles seront les conséquences d’un déploiement de robots et d’IA dans votre secteur ? Avez-vous identifié les linchpins dans votre propre entreprise (lire l’article du lézard au linchpin) ? Etes-vous structuré pour écouter, prendre du recul régulièrement et comprendre le monde tel qu’il est, en intégrant des personnes qui ne vous disent pas ce que vous voulez entendre.

Mettre en œuvre d’autres intelligences collectives

La chose la plus difficile pour cela est de le décider. Après vous verrez que d’autres l’ont déjà fait, vous verrez aussi que nous avons déjà évolué et que cela ouvre une multitude d’opportunité, de créativité et de productivité (lire l’article Réinventons les organisations). Une fois la décision prise, il faudra s’organiser pour se former, pour écouter le monde, pour intégrer au plus profond de votre organisation les évolutions rendues possibles par le numérique et non pas digitaliser vos produits. Puis lâcher prise, inspirer avec bienveillance pour qu’émerge une organisation apprenante, extrêmement organisée et performante mais cette fois-ci créatrice, agile et adaptative. Puis viendra l’inimaginable : conduire l’entreprise sans aucune stratégie, uniquement grâce à votre raison d’être et l’immense énergie des salariés. En choisissant de nouvelles formes d’intelligence collective, vos processus de décision seront bien sûr totalement différents à la fois sur la forme (jusqu’à la conduite des réunions) et sur le fond avec des démarches majoritairement effectuales (lire le livre ISMA et le blog Philippe Silberzahn) et non causales. Vos produits en seront profondément bouleversés, pour devenir parfaits.

S’engager dans la réalisation de produits parfaits

Patagonia vous conseille de ne pas acheter ses propres produits. Idiot ? (lire l’article Qui sera la Patagonia de l’automobile) Que vous inspire les notions de beau, de bon et de vrai appliquées à vos produits (lire l’article VW ou le beau, le bon, le vrai) ? Qu’avez-vous engagé de façon concrète suite à l’affaire VW ? Avez-vous déjà réfléchi à devenir totalement transparent sur vos produits ? Connaissez-vous des entreprises B Corp (lire l’article de OuiShare)?

Pensez-vous qu’une voiture autonome (que nous appellerons désormais autoBot) sera vendue en concession à côté d’un cabriolet ? (lire l’article sur les autoBots). Travaillez vous avec des villes pour faire levier des autoBots et revoir toutes les  mobilités, la répartition des espaces publics, redonner des places au vélo et à la marche ou encore réinventer la mobilité des personnes en situation de handicap grâce à la robotisation ?

Ces trois décisions sont cumulatives puisque l’engagement dans le développement d’un produit parfait ne se voit qu’en ayant compris le monde tel qu’il est et ne peut se réaliser que dans des organisations agiles. Ces trois décisions feront passer les organisations d’une posture de réaction à celle de création. Voyez-vous les changements en cours de façon linéaire ou exponentielle (lire l’article les innovations exponentielles) ? 

Vous savez maintenant le temps qu’il vous reste.

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