[fiction N°9] La journée d'Hubert dans les transports publics bruxellois

Cet article a été rédigé par Sophie Devillers, journaliste à la Libre Belgique, après un entretien portant sur les Transports publics du Futur.

Huit heures, en ce mercredi matin du mois de septembre 2040. Il pleut sur la banlieue de Bruxelles. La voiture autonome attend devant le domicile d’Hubert Dupont, dans le léger ronronnement de son moteur électrique. Inspiré par les prédictions extrapolées à partir des précédentes utilisations d’Hubert et stockées dans une immense banque de données, le programme informatique a guidé la voiture sans chauffeur jusque ici, à ce moment précis.  Avec raison. Même si ce sexagénaire actif pratique souvent la marche, en voyant la voiture, il se laisse tenter et monte à bord. Il salue son voisin, qui lui aussi a voulu échapper aux averses. Sa femme, elle, ne se laisse jamais tenter : elle dispose d’un abonnement Premium qui lui assure d’être seule en voiture et que celle-ci arrive dans les 5 minutes après sa commande.

Bxl2040source Mobil2040


Bourse du siège libre
Quant à son fils, en recherche d’emploi, il bénéficie de voyages gratuits pour se rendre à ses entretiens d’embauche. Une façon pour les pouvoirs publics de réguler l’offre de cette flotte de robots totalement privée. Hubert se souvient encore vaguement des temps, où se rendant du Brabant wallon à Bruxelles, il devait jongler avec les horaires des Tec, de la Stib, de la SNCB … Ici, plus rien de tout ça. Un seul opérateur, Google, s’occupe “de la bourse au siège libre”, qu’il soit public ou privé, et que ce soit dans une voiture autonome, un bus, un train, une voiture partagée…

Hubert sort de ses pensées. La voiture autonome l’a déposé à la première étape de sa journée de travail. Une rencontre avec l’un de ses clients. Ici, dans cet espace de “co-working”, il peut laver son linge, boire un café mais aussi travailler sur son prochain projet de robot-lecteur de contes pour enfant. Hubert est en effet un ingénieur spécialiste de l’intellligence artificielle, un filon très porteur  en cette décennie. Ce genre de lieu – appelé “tiers lieu” par les prospectivistes du début du siècle – est fréquent aux nœuds routiers ou près des gares.

Lignes de bus éphémères
Ces bâtiments multifonctionnels, chacun peut les investir quelques minutes ou quelques heures. Contre monnaie sonnante et trébuchante – enfin, contre payement numérique. Avec le télétravail et la téléprésence – à présent, les robots mobiles dotés d’un écran et contrôlés à distance par celui qu’il représente à une réunion, à peine ébauchés il y a 25 ans, sont chose commune – , cela fait des années qu’Hubert n’a plus passé une journée de 8h à 17 h dans un de ces antiques bureaux monofonctionnels.
A la fin de son entrevue, son téléphone le prévient spontanément du moyen de transport public le plus efficace pour rentrer chez lui. Le résultat du travail d’un programme informatique  qui apprend des usages et forme des prédictions, basées sur des statistiques. Le vieux modèle “Amazon” :  vous achetez ceci donc vous aimerez cela.
Le bus le plus rapide s’arrêtera devant le bâtiment dans 2 minutes, lui apprend son smartphone. Cela n’étonne plus cet usager autrefois passager des Tec. A présent, fini les enquêtes par téléphone pour bâtir les horaires. Les transports en commun gèrent les flux en temps réel, grâce à aux capteurs dans les téléphones, les montres ou les lunettes des individus. Et en stockant ces  innombrables “traces”, ils prédisent la demande, et adaptent l’offre en conséquence. Les lignes peuvent même être éphémères, créées en fonction de cette pluie de septembre, qui hausse la demande, par exemple. Cela s’inspire d’une idée testée en 2014 à Boston, le “pop-up bus”. Soit une  base de lignes principales permanentes à laquelle s’en greffent d’autres,  en fonction de la demande.
Devant Hubert, le bus s’arrête, et en profite pour se recharger à une borne électrique. En rentrant, Hubert salue l’artiste qui l’accompagnera au long du trajet.

Téléphérique urbain
Bien sûr, la conduite du bus est robotisée, comme  le tram et le métro, mais chaque bus a son animateur  qui joue de la musique ou raconte des histoires. Souvent, les voyageurs choississent le bus selon l’artiste. Secrètement, Hubert espère un jour les remplacer par un robot-conteur de sa conception. Mais peut-être est-ce une mauvaise idée ?  Quand il en a parlé à sa femme, elle a levé les yeux au ciel… On verra ce que sa fille en dira. Elle est quasi née avec un robot dans son berceau – on appelle sa génération les “robotic natives”.  Elle va à l’école à Anderlecht, et aller la retrouver est un des  plaisirs d’Hubert. Dans la zone du Ceria a été aménagée la première ligne téléphérique publique et urbaine. Idéal, même en temps de pluie, pour relier cette zone d’Anderlecht au sud de Bruxelles, en franchissant par les airs autoroutes et voie ferrée.  Mais, allez, demain il fera beau, Hubert prendra son vélo.

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