Mov’eo Days, quelle mobilité pour demain?

Cet article a été rédigé par Michelle Wetterwald, ingénieur Senior Telecom.

Imaginez la mobilité: c'est le slogan et le thème retenu pour le "Mov'eo Days", la convention du pôle Mov'eo, qui s'est tenue le 6 juin à Versailles, en parallèle avec l'assemblée générale de cette association. Le pôle Mov'eo est l'un des pôles de compétitivité du domaine d'activité des transports, spécialisé dans l'automobile. Au programme pour le public non-membre de l'association: trois ateliers thématiques couvrant différents attributs de la mobilité du futur (économe, autonome ou connectée), une table ronde "quelles solutions pour la mobilité de demain?" et une zone d'exposition montrant les premières solutions adaptées aux nouveaux comportements de déplacement.

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L'assemblée générale du matin fut donc suivie de trois ateliers réalisés en parallèle et centrés sur différents aspects de la mobilité du futur. D'une part, la mobilité économe en consommation énergétique, qui se traduit principalement par la mise en œuvre de technologies pour alléger le véhicule, notamment grâce à de nouveaux matériaux. Ensuite, une mobilité autonome, permettant à terme une robotisation de la conduite automobile avec deux impacts majeurs: l'élimination des erreurs de conduite d'origine humaine et de leurs conséquences parfois dramatiques (94% des accidents), et l'accès à l'automobile pour de nouvelles catégories d'utilisateurs, comme les personnes âgées ou handicapées. Sans compter le confort apporté aux utilisateurs traditionnels qui ont la possibilité de se divertir plutôt que de se concentrer sur leur trajet. Finalement, la mobilité connectée résulte de la convergence entre le monde de l'automobile et les nouvelles technologies du numérique.

L'atelier "mobilité connectée" s'est orienté vers les problématiques liées à la gestion des données: le "Big Data". Un véhicule connecté via les nouveaux systèmes coopératifs (les premiers déploiements sont attendus vers 2016-2017) génère et distribue un volume très important de données. Les normes européennes en cours de finalisation prévoient notamment l'échange de trois types de messages entre véhicules (V2V) et avec l'infrastructure (I2V). Le CAM (Cooperative Awareness Message) distribue de manière périodique les principaux paramètres du véhicule: caractéristiques, état, position, vitesse, signes particuliers tels que transport public, véhicule prioritaire, transport de substances dangereuses. Le message DENM (Decentralized Environmental Notification Message) diffuse une alerte datée et géo-localisée: condition météo hasardeuse, travaux, animal sur la voie ou ralentissement brutal. La signalisation de carrefour indique les phases des feux de circulation grâce au message SPaT (Signal Phase and Timing). Cela profite à l'amélioration de la sécurité routière et à la réduction de la consommation du véhicule (par une application "start-stop" intelligente, par exemple).

Chaque donnée a peu de valeur intrinsèque, c'est le flux associé à un ensemble de données et à leur traitement dans une logique de maillage qui permet leur enrichissement, par la création de nouveaux services et d'un écosystème innovant. L'ouverture et le partage de l'information sont nécessaires à la création de cette valeur, plus difficile à obtenir si l'accès aux données est payant. Les données doivent donc être regroupées et partagées en régie. Cela implique de nouvelles démarches de gouvernance de l'information, notamment pour favoriser un accès très rapide et le développement de leur analyse statistique. De nouveaux acteurs émergent, dont la mission est de collecter et d'organiser l'information pour la rendre disponible. Le croisement, dans des systèmes cognitifs, de paramètres originaux permet d'effectuer des prédictions fiables. Aujourd'hui déjà, la prédictibilité constitue un facteur essentiel de la conduite automobile. Appliquée à la mobilité, elle permet une réduction drastique des excédents, avec une redistribution des économies réalisées vers les consommateurs et éventuellement, la création de valeur selon de nouveaux modèles commerciaux.

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A partir du moment où l'on parle d'enrichissement, se posent les questions suivantes "à qui appartient la donnée?" et "qui a le droit de l'exploiter pour bénéficier de sa valeur?". Actuellement, le droit d'auteursert de référence, mais de nouvelles solutions juridiques doivent être imaginées. Cela s'applique également à la sécurité de l'information et au respect de la vie privée. Par ailleurs, le stockage des données a un coût énergétique non négligeable. Il convient donc de mettre en place des disciplines au niveau individuel ou organisationnel afin de détruire l'information devenue inutile ou obsolète. Trois points importants pour le public seront donc source d'innovation dans l'avenir pour la gestion des données générées par la mobilité: sécurité du stockage, anonymat et propriété.

Parmi les sessions de l'après-midi s'est tenue une table ronde dont le but était de définir les catalyseurs de solutions pour la mobilité du futur. Après une rapide présentation des intervenants, le public a pu influencer directement le débat en posant ses questions via le compte de MOVEO.

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Etait notamment présentée la startup française Blablacar, tête de file des sites de covoiturage, qui affiche une croissance de 100% par an. Cette entreprise a été rendue possible grâce au web et au partage des données. Sa recette gagnante réside dans la notion de confiance, obtenue grâce à la vérification systématique et à la notation des conducteurs, en résumé, une mobilité innovante délibérément tournée vers l'utilisateur final. C'est l'exemple que donne la Silicon Valley qui a mis sur le marché les technologies et produits qui ont souvent connu un très grand succès auprès du public depuis l'ère du semi-conducteur.

Pour les financeurs, le domaine des services liés à la mobilité évolue très rapidement. Le co-voiturage est maintenant un service validé, la capacité d'innovation se situe plutôt au niveau de l'aide au stationnement. Le financement de l'innovation n'est plus à la portée des grands industriels, mais nécessite la mise en collaboration de tous les acteurs et les solutions propriétaires ne sont plus d'actualité. Ce sont les scénarios de mobilité créatifs qui sont associés à des sources de profit. Contrairement au passé, la voiture n'est plus un objet montrant un certain statut social, mais est devenu un objet au cœur de nos déplacements, avec des manières de l'utiliser qui évoluent très vite. Certains projets de services considèrent la possibilité d'acheter une place dans une voiture pour un trajet donné, comme on achète une place dans un train ou un métro. Dans ce cas, la voiture n'est pas en concurrence avec le train ou les autres moyens de transport public, mais permet d'effectuer des trajets plus personnalisés (par exemple, déplacement inter-régional en France).

Pour Google, également présent parmi les intervenants, l'investissement dans les nouvelles formes de mobilité couvre deux aspects: le véhicule autonome dont un prototype est actuellement en test aux Etats-Unis, depuis peu avec le public aussi, et l'Open Automotive Alliance qui étend Androïd à l'expérience automobile. Le conducteur se retrouve alors dans un environnement familier, qui ressemble très fortement à celui de son smartphone ou de sa tablette. L'objectif ici aussi est le grand public et l'utilisateur final.

Durant les dix dernières années, des bouleversements fondamentaux se sont produits. Les usages de l'automobile sont maintenant différents. Nous sommes au début de la révolution de la mobilité, qui va nécessiter la collaboration entre compétences, nouvelles technologies et investissements financiers, et la mise en place de nouvelles règles.

La partie démonstrateurs de cet évènement réunissait une dizaine d'exposants issus aussi bien du domaine du matériel que du service, montrant des solutions pour le prototypage ou des produits déjà disponibles sur le marché. Acteurs majeurs: le véhicule électrique et l'auto-partage.

L'exemple-type est la solution présentée par iMoov, qui propose des véhicules de petit gabarit pouvant être conduits sans permis et stationnés librement sur la voie publique ou dans certains emplacements de parking réservés par les municipalités participantes. Ce service de micro-mobilité (le trajet moyen sur le parc d'une cinquantaine de véhicules est de 4km) permet d'offrir un système de transport personnalisé moins polluant dans des zones urbaines denses, tout en étant ouvert à une population très large. Cas particulier d'utilisation de ce service, le déploiement sur un campus universitaire offre un moyen de déplacement à la demande à une population étudiante qui souvent n'a pas le permis de conduire. La plateforme logicielle accessible sur abonnement propose une réservation quasiment en temps réel. La facturation est conçue pour favoriser l'utilisation sur zone, l'autonomie étant de 80 km maximum. Ce service est aussi développé dans certaines stations de ski très étendues (entre 4 et 15 km) qui supportent une forte densité de population quatre mois par an. C'est le forfait qui constitue le sésame permettant d'accéder à un véhicule équipé de porte-skis et de rejoindre son lieu d'hébergement en fin de journée. L'objectif est de déployer environ 2000 véhicules dans différentes stations alpines à moyen terme.

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Autre solution présentée facilitant l'usage du véhicule électrique, EP Tender propose la location d'un attelage arrière contenant un groupe électrogène et donne la possibilité de réaliser de longs trajets occasionnels avec une autonomie de 600km par plein, éliminant ainsi l'un des principaux inconvénients de ces véhicules.

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Dans toutes les solutions présentées lors de cette exposition, la plateforme logicielle est un instrument primordial. Elle permet l'accès au service (par exemple chez Vulog-PSA) ou la remontée d'informations en temps réel pour la gestion de la flotte (par exemple chez Ubeeqo). On observe donc maintenant une complémentarité entre la construction automobile, typiquement matérielle, et le développement logiciel, favorisant des services dématérialisés. 

L'évolution actuelle de l'innovation dans le domaine de la mobilité vit une mutation profonde, quels que soient les secteurs et les acteurs. Toutefois, l'automobile souhaite demeurer un maillon naturel de la chaine de valeur, qui doit maintenant mettre en œuvre un travail collaboratif avec les acteurs du "data mining" pour inventer et créer un nouvel écosystème. Le pôle Mov'eo se veut un acteur majeur de cette évolution et de la mobilité du futur. Pour les financeurs, le secteur de l'automobile et des transports est un axe stratégique, tout comme la transition énergétique et le numérique.

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