Du changement de comportement à l'engagement citoyen

Le changement de comportement devient un objectif, généralement abordé à coté des progrès technologiques. Comme si l'un et l'autre étaient séparés. Faire changer les pratiques pour mieux trier les déchets, pour utiliser les transports en communs ou le vélo. Un précédent article (quelle place pour les apports de la psychologie sociale face à l'incantation du report modal ?) décrit les méthodes employées aujourd'hui : marketing individualisé pour donner du sens à l’action et de travailler sur ce qui est socialement désirable.

En même temps, il est possible de passer de l'accompagnement au changement à l'engagement par l'action. Le projet Mobi-lise soutenu par l'ADEME, vise précisement à encourager les citoyens d'un territoire à produire et partager de nouvelles données stratégiques, leur trace de mobilité enrichie. Ces données mises en commun et hybridées permettront aux citoyens et aux décideurs locaux de mieux comprendre, de mieux agir. Le projet vient de commencer, il est décrit sur le site de Chronos.

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Le MIT (Erhardt Graeff, à suivre sur twitter) vient également d'engager un projet assez similaire appelé Action Path (lire l'article sur le blog MIT Center for Civic Media). L'objectif est de mettre en oeuvre des "technologies citoyennes" pour apprendre, faire apprendre et engager dans l'action. Le smartphone et les réseaux sociaux peuvent être considérés comme des outils permettant de faire émerger des utilités citoyennes

Lawrence Lessig voit, dans son livre Code: And Other Laws of Cyberspace, quatre façons de réguler des systèmes complexes: les lois, les normes, les marchés et le code. Il devient possible d'imaginer des citoyens qui participent de façon effective en choisissant une des quatre voies identifiées.

"Effective change campaigns are typically multifaceted in a way in which they can work on multiple fronts: pushing for legislative change, while also working on public opinion to change norms, and introducing boycotts or buycotts to change the flow of money through political networks. With code, we are seeing activists work on new means for secure communications in order to change the architectures through which we ourselves can monitor or be monitored."

Le projet consiste donc à développer un dispositif numérique offrant la capacité à chacun (équipotentialité) de devenir proactif. Vous marchez pour aller travailler. Votre smartphone vibre et vous notifie d'un programme en cours dans le quartier que vous êtes en train de traverser. Un sondage de 10 secondes détermine les fonctions d'un lieu aujourd'hui vacant : épicerie, tiers lieux, laverie … Vous acceptez et donnez votre avis. La question centrale devient : 

"How can opportunities for civic engagement and civic learning be more seamlessly integrated into our daily lives?"

Il existe plusieurs types de plateformes citoyennes physiques ou numériques comme Citizens Connect (Boston) qui utilise le potentiel de la géolocalisation, MindMixer, ou encore FixMystreet. Mais avec Action Path, il s'agit d'essayer de supprimer les frontières entre engagement, service public, action citoyenne et travail. En poussant des questionnements, des problèmes vers le citoyen, il est possible de l'engager dans dans l'action et dont le co-produit serait un apprentissage des réalités politiques en "douceur". Le projet Action Path commence et les choix techniques seront effectués en tenant compte des processus sociaux qui les utiliseront. A ce courant, s'ajoute celui de la ludification qui permet également d'augmenter l'implication, comme ce projet à Montréal MOBmontréal.

Nous sommes au début de ces projets et une nouvelle discipline émerge, celle de la physique sociale, également étudiée au MIT (Social Physics) : "Le moteur de la physique sociale est le big Data : Les nouvelles données ubiquitaires vont devenir disponibles dans de nombreux champs de nos vies. En utilisant ces données, nous pourrons construire des modèles prédictifs, des théories sur les comportements et espérer construire de meilleurs systèmes sociaux". Cette gestion devra être à la fois collective pour atteindre des effets d'échelle, hybrider les données, mais également individuée, c'est à dire en permettant à chacun de décider de l'usage de ses données.

Ces dynamiques sociales et les outils associés sont inédites pour des collectifs en grand nombre. Cela se passait dans des villages, des tribus; nous pouvons répliquer les mécanismes dans des villes. Le numérique offre la capacité de gérer cela, de renvoyer aux citoyens des images de leurs activités, de leurs implications, de leurs décisions, donc d'eux-mêmes. Cette réflexivité (voir l'article : Devenir Réflexif) est essentielle pour permettre à ces communautés d'intérêt de se synchroniser rapidement, d'agir et d'observer les conséquences de leurs actes, de raccourcir les boucles rétroactives, pour progressivement devenir sensitifs. Dans chaque ville ou région au début, puis dans chaque communauté, apparaissent de nouveaux objets liens: des monnaies complémentaires, locales, puis bientôt libres et numériques (lire l'article sur les monnaies de l'innovation). Cet objet lien (lire l'article sur les objets liens) est un mirroir de l'activité de la communauté, il lui permet de se voir fonctionner. Les monnaies "alternatives" vont, comme les plateformes, se diversifier, s&#
39;immiscer dans tous les domaines, et progressivement se numériser. 

D'ici quelques années, le kit citoyen sera donc : Plateforme numérique à forte utilité citoyenne + Ludification + Gestion des données individuée et collective + Monnaies.

 

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