Moins de voiture, plus de vélo/marche/bus, moins cher d'assurance santé, et après …

Le NHS vient d'estimer que la pratique du vélo permet d'économiser 250 million de livres si nous faisions uniquement un déplacement sur 10 avec ce mode (lire l'article). Cette information viendra se ranger à coté des piles de rapport, de synthèse qui rappellent l'évidence : faire du vélo, marcher se révèle bénéfique pour la santé et l'environnement. En conséquence, nous (société) avons intérêt à favoriser les changements de comportement vers ces modes de transports. Autre évidence, les comptes publics de la santé vont, dans les pays développés, se creuser, obligeant de plus en plus à informer, puis plus tard à contraindre. Pendant ce temps, des acteurs d'un autre domaine arrivent. Ils pensent expérience, connexion, user centric

Le numérique distribué et portable arrive dans la santé. Les géants comme Apple ou Google y travaillent aussi. Une multitude d'acteurs invente tous les jours de nouveaux capteurs plus près du corps, moins chers, plus autonome en énergie. Des tribus se constituent autour du "quantified self" dans de nombreux domaines comme le sport, l'alimentation, le sommeil, les maladies comme le diabète ou les accidents cardiaques. L'histoire va se répéter : de ce déluge de données personnelles, traduisant "au plus près" nos comportements, notre activité, certains acteurs vont avoir intérêt à garder ces connaissances pour vous proposer des services marchands associés à services "gratuits". Les assurances vont dans ce domaine jouer un rôle clé. De l'autre, les citoyens équipés vont tenter d'avoir un usage "individué" et, pour certains, collectif de ces savoirs. Nous le savons, mises en commun et hybridées, croisées, ces données vont sans doute se révéler et faire naître de nouvelles connaissances riches. Cette dualité (privatisation et/ou "commonisation" des données) va, dans le domaine de la santé, prendre un angle spécifique car cela nous touche au plus profond de nous-mêmes.

Le smartphone n'a été qu'une étape dans l'externalisation de nos fonctions cognitives et la captation de notre environnement.

Plus que tout, ce seront les flux de données qui vont faire émerger des communautés d'intérêt aujourd'hui non visibles et des liens seront révélés. Déjà aujourd'hui, l'analyse de vos traces GPS peut nous permettre de construire une empreinte de nos déplacements, beaucoup plus profonde que les données des Enquêtes Ménages Déplacements. Dans les mois qui viennent (lire l'article sur les actions d'Apple dans le domaine), des données touchant à notre activité physique (rythme cardiaque, nombre de pas, distance parcourue), à notre santé (taux de glucose, taux d'oxygène, …), à notre sommeil, à notre alimentation vont être générées par des technologies portables. Ces technologies seront progressivement oubliées en étant fusionnées avec nos vêtements, notre montre et nos lunettes. Sans le savoir au départ, cette "auto-surveillance" plus ou moins partagée va bouleverser nos comportements, nos pratiques quotidiennes et nos usages. 

Et si mon bilan santé était étroitement lié à mes pratiques de mobilités quotidiennes ?

La pratique régulière d'une activité physique maintient ou améliore votre santé, donc votre richesse individuelle (lire l'article sur les richesses), mais également les richesses collectives. Dès lors, le temps passé dans les transports se révèle parfaitement adapté pour avoir une activité physique utile. Le déplacement devient un co-produit de son activité physique et vice-versa. Aujourd'hui, cet engagement est relativement marginal. En intégrant des technologies numériques de quantification et de reliance, nous allons connecter nos actions individuelles pour leur donner des représentations et des valorisations individuelles ET collectives. Chaque mobilité active sera potentiellement partagée, cumulée, valorisée pour renforcer ces usages, pour mieux quantifier les bénéfices énergétiques et environnementaux, pour mieux justifier les investissements nécessaires à améliorer les expériences de mobilités (voies dédiées, solutions multimodales…).

Les dispositifs numériques permettront non seulement de mieux quantifier, mais également de rendre compte de façon anonyme et global des pratiques réelles et des bénéfices engendrés. En conséquence, le fait de produire ces nouvelles connaissances et de les révéler va permettre d'augmenter l'attractivité des mobilités actives, appelant à rééquilibrer les investissements en leur faveur. Ce cercle vertueux peut s'engager rapidement si les acteurs territoriaux s'en emparent.

Ce premier niveau de partage est indispensable et il sera amplifié par une multitude de bénéfices supplémentaires générés "gratuitement" et décrits dans cet article "La première fois où j'ai décidé de me déplacer autrement". Yann Moulier Boutang (à écouter dans cette conférence sur la numérique) a décrit ces concepts théoriques dans son livre L'abeille et l'économiste à travers son modèle : l'économie de la pollinisation. La valeur économique des abeilles ne réside pas dans le miel et la cire mais dans leur rôle de pollinisation

"La pollinisation humaine à travers la noosphère (sphère d'intelligence proposée par Teilhard de Chardin, voir cet article), qu'elle contribue à consolider et à étendre, n'est pas seulement reliée au lien social, elle est indispensable à l'intelligence collective".

La production libre de connaissances valorisables, traces, activités/santé, pratiques de mobilité permettra de polliniser de nombreux services, compétences, talents et technologies. Ces derniers seront co-conçus avec des citoyens pionniers et ils alimenteront à leur tour le processus de pollinisation. En même temps, de nouveaux imaginaires vont naître …

 

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