Cyberespace, Sérendipité et Art de la guerre, Quels seront nos futurs ?

La première MétaNote rédigée en 2007 (et publiée sur ce blog en 2009), N°0 – L'origine, proposait plusieurs prévisions. Tout d'abord l'irruption du numérique en tant que facilitateur, disrupteur du secteur historique des transports. Le développement de services de mobilités portés par le numérique était proposé, engendrant de nouvelles expériences, puis de nouveaux comportements, et bientôt de nouveaux rêves. Bien sûr le statut social de l'automobile et les pseudo-libertés qui lui sont associées, nous sommes et serons surveillés. De nouveaux acteurs, sans usine, pensent services, fonctionnalités et scalabilité. Ces prévisions se sont réalisées, elles sont visibles (lire l'article Le numérique remet tout en cause). Mais elles ne traduisent pas les principaux changements qui opérent aujourd'hui. Elles ne sont que l'écume des vagues. Il faut se préparer à des courants plus profonds. Tenter de les esquisser pour revenir à soi-même : quelles formations, cultures et richesses pour voir, comprendre, agir et être heureux dans le chaos ?

Le cyberespace, notre "nouveau" territoire

Le principal terrain de jeu est désormais clairement établi: le cyberespace. Ce dernier rassemble les connaissances de l'humanité utilisant une structure de liens hypertexte, des réseaux et de plus en plus nos objets, révélant des données inédites sur nos pratiques et nos usages. Le cyberespace offre de nouvelles opportunités en matière de création, de développement, de reliance, et également de nouveaux risques, surveillance, MégaPlateforme, nouvelles asymétries et nouvelles règles. Stéphane Vial, dans sa thèse essentielle sur La Révolution Numérique et son livre L'être et l'écran, propose onze caractéristiques pour tuer et remplacer le mot "Virtuel". N'est-il pas important de connaître ce "nouvel" espace et de le cartographier ? Ainsi, la nouménalité est un de ces caractéristiques : le cyberespace ne se voit pas sans interface. Voilà qui explique notre besoin d'accéder régulièrement à des écrans pour voir le réel. Désormais même un territoire se comprend, s'analyse, se prévoit à travers des interfaces numériques (voir cet exemple Hollandais OSCity). Ceci n'est qu'un début, la maîtrise des compétences associées n'est donc plus une option. Quelles sont les tendances de fond du cyberespace ?

Pierre Lévy l'étudie depuis plusieurs décennies et avait déjà identifié les évolutions en cours (lire notamment L'intelligence collective, pour une anthropologie du cyberespace). Nous sommes à la jeunesse et déjà des MégaPlateformes dominent le web. Cette année 2013 est assez révélatrice, les positions prises par Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA) préfigurent une certaine vision du cyberespace: cloisonné et propriétaire (lire l'article concernant les MégaPlateformes). Et notre société avec ces lois, ces codes, ces représentations semble ne pas évoluer assez vite (lire l'article Les élites débordées par le numérique). En même temps, des collectifs se structurent, collaborent et produisent de nouveaux produits et services entre pairs comme récemment de nouvelle assuranceMichel Bauwens (P2P foundation) analyse et révèle les mécanismes qui sous-tendent ces "nouveaux" modes d'échanges que nous avons nommé "économie collaborative" ou "économie des communs", faute de mieux.

P2PBusinessVisualization1

Nous verrons également que nous manquons de mot pour décrire les découvertes que nous réalisons, et même pire, que les mots "anciens" que nous employons nous enferment dans des concepts dépassés, ralentissant les processus de diffusion et d'appropriation. Il est tout aussi important de faire évoluer l'ontologie (lire Pour une ontologie de la demande de transport).

L'art de la guerre

Ainsi se dessine de façon schématique, les rapports de force en présence: des Mégaplateformes organisées pour capter une partie des richesses créées par la Multitude (lire l'article Les Transports à l'âge de la multitude pour comprendre comment), et des collectifs P2P organisés pour maximiser l'usage de ressources rares (lire l'article Vers de nouveaux contrats sociaux). Les découpages historiques, états nations, villes, ne jouent pour le moment que des rôles de deuxième ordre. Toutes les techniques seront utilisées pour prendre des positions stratégiques, renverser des concurrents, acquérir de nouvelles richesses et compétences, et plus que tout apparaître séduisant aux yeux des utilisateurs. Il est probable que ces deux courants majeurs se renforcent. Rien ne dit si un des deux va disparaître. Pour le moment, tout semble montrer que nous ne parviendrons pas à faire muter notre système de mobilité (lire l'article associé). D'un coté, les pionniers sont peu nombreux, dispersés et les techniques de formation et d'organisation n'évoluent pas assez vite. De l'autre, les mécanismes d'apprentissages et de capitalisations des erreurs/progrès confèrent aux GAFA des positions dominantes dotées de caractéristiques inédites : modèles d'affaires multiformes, contacts directs avec les utilisateurs, versalitilité des services et progressivement des compétences spécifiques à innover différemment.

Se préparer à l'inattendu, à innover dans le chaos

Notre éducation, nos processus issus de structure pyramidale ne sont pas adaptés pou
r être à l'aise face à l'inconnu. Nous cherchons à prévoir le futur pour nous en protéger. Nous sommes organisés pour être en réaction face un évènement inconnu, et non en création. Encore une fois, les mots que nous employons vont, eux-aussi, participer à limiter notre champs d'actions. Innover dans le chaos nécessite des esprits préparés, entraînés pour cela : apprendre de ces erreurs, ouverture à l'inconnu, connaissances étendues dans de nombreux domaines décloisonnés, capacité à relier des observations ou des accidents. La sérendipité (wiki) est un atout essentiel qui demande des esprits préparés (lire pour cela l'article Maximising Serendipity). Des formations vont apparaître, certaines seront "intégrales", tant la préparation du corps et de l'esprit sont inséparables. Certaines entreprises comme Zappos abandonnent déjà les modes de fonctionnement actuels (lire l'article associé) pour devenir Holocratic, plus souple, apprenante, transparente et évolutive. Ces pionniers vont inspirer de nouvelles générations d'entrepreneurs dont l'être prendra le pas sur l'avoir. Plus que tout, ils incarneront eux-mêmes les valeurs portées par l'entreprise et seront en connexion directe et complète avec leurs clients. 

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Le réseau de connaissance se révèle être essentiel pour être en capacité d'agir dans un environnement complexe. Il faut être relier à la fois en quantité mais surtout en qualité, à la fois dans des domaines de compétences "métier" mais également avec des personnes ayant des compétences en "sérendipité" capables de critiquer, de mettre en perspective, de donner du sens, de réinterroger et de relier pluieurs domaines connexes. La MétaNote N°19 propose d'apprendre à connaître nos "talents futurs". De façon inconsciente pour certains ou voulue et maîtrisée pour d'autres, nous sommes en train d'évoluer. Nous pourrons en parler de mieux en mieux, nos reliances vont progresser et nous serons capables de mieux les caractériser (lire l'article Les nouveaux dispositifs d'innovations). Et si nous apprenions la sérendipité à l'école ?

Quels seront nos futurs ?

Dans L'avenir de l'Economie, Jean-pierre Dupuy propose de remettre l'économie "à sa place", c'est à dire un moyen parmi d'autres pour échanger des biens et des services. La société ne serait plus alors dominée par les sociétés marchandes, par les obligations des marchés. La société civile pourrait se réapproprier ces nouveaux espaces en devenant actrice de son futur. Et si, de la même façon, les GAFA étaient utilisés pour ce qu'ils sont, des moyens, des sources d'inspiration pour nous dépasser ? Une voie se dessine pour nous permettre de nous épanouïr dans le chaos (voir cette vidéo de Bruno Marion New Opportunities in a Chaotic world).

Pour en parler, le numérique doit être abordé comme une nouvelle culture à partager (lire l'article Pour une approche culturelle des mobilités). Pour permettre aux entreprises, comme Zappos, de concevoir des produits/services "beaux et bons" (lire l'article Consommateur [R]évolution) répondant mieux aux besoins des citoyens tout en fonctionnant différemment, en étant totalement transparentes. Pour permettre aux collectivités, aux Etats, de se former, de revoir leur processus de suivis et de décisions, en rendant des comptes, en impliquant les pionniers comme ce projet CycleTracks à San Francisco. Pour permettre aux pionniers de la société civile de se fédérer pour qu'émergent dans de nombreux domaines des "communs" : produits industriels (voiture), énergies, monnaies, … Quatre caractéristiques (lire l'article complet Peer production) ont été identifiées pour cela : coopération volontaire, connaissances partagées et accessibles, ressources également partagées et accessibles, équipotentialité d'accès. Ce triptyque évolué - acteur marchand, public et communs – dont les frontières seront perméables et fluctuantes, pourrait créer les conditions, les formations et les cultures nous permettant de nous épanouïr dans le chaos.

 

 

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