Inventons de nouveaux contrats sociaux entre les citoyens et la collectivité pour exploiter nos 5+3 sens

ORANGE et IBM ont récemment annoncé un projet d'expérimentation exploitant les données géolocalisées issus des téléphones portables. Tous les opérateurs Telecom procèdent déjà à une exploitation commerciale de ces données auprès d'autres acteurs économiques comme des gestionnaires d'infrastructures routières ou des opérateurs de transports publics, mais également auprès de collectivités. Bien sûr les données sont exploitées selon les lois en vigueur, mais le producteur n'est pas informé de l'usage de sa donnée. Quels sont ici les contrats sociaux mis en œuvre ? Quelles sont relations entre les citoyens et la collectivité ? entre l'individuel et le collectif ? entre moi et le groupe ?

Le projet d'ORANGE et IBM concerne les transports puisque ces traces numériques anonymisées des 5 millions de téléphone et 2.5 milliards d'appel ont permis d'optimiser l'organisation et l'exploitation du réseau de bus urbains de la ville d'Abidjan. Devenus capteur, le citoyen mobile crée l'historique des connaissances nécessaires à la compréhension puis à l'optimisation de son propre système de transports. Cette boucle vertueuse n'est aujourd'hui toujours pas explicitée ; elle n'est pas présentée au citoyen, à la collectivité. Nous restons actuellement à un premier niveau purement commercial, qui impose structurellement de dégrader la qualité des données, et surtout qui supprime l'acte essentiel dont nous avons besoin : l'engagement des citoyens et de la collectivité, et la construction de nouveaux « contrats » de vie commune. Et si la démarche, les bénéfices individuels et collectifs, de même que les risques étaient explicités ? Pouvons nous identifier une voie dans laquelle le citoyen gérera l'exploitation de ses données pour maximiser ses intérêts et les bénéfices collectifs car il aura également les moyens de visualiser simultanément le « moi » et le « tout ». Cette caractéristique, déjà abordée, l'holoptisme, nécessite un travail complet à la fois d'un point de vue technique sur les projets, les livrables, et notamment les interfaces numériques pour qu'elles puissent fournir cette « angulation » des résultats, mais également sur l'organisation même des structures (lire l'article Quel équipage explore votre avenir ? Vos futurs modèles d'affaires ?).

De l'application au moteur d'apprentissage contextuel

Cette évolution vers de nouveaux contrats entre les citoyens et la collectivité est d'autant plus nécessaire que la géolocalisation n'est qu'une première étape, et déjà aujourd'hui d'autres paramètres plus complexes sont accessibles et traçables. « Le futur des technologies n'est pas mobile, il est contextuel » (lien vers l'article Technology isn't mobile, it's contextual). Le smartphone n'est pas uniquement un traceur, il devient notre 6ème (où), 7ème (avec qui) et 8ème sens (historique des expériences). Pour cela, plusieurs catégories de liens entre données sont nécessaires : social, intérêt, comportement et personnel. Aujourd'hui les principales plateformes n'utilisent qu'un ou deux catégories de liens sans avoir suffisamment de profondeur, de connaissances sur la personne. Mais l'agrégation des multiples applications vous caractérisant (google search, amazon recommandation, Nike + run tracking, Foursquare et autres) n'est qu'une question de temps. Nous ne pouvons pas prévoir les conséquences de ces futures méga-applications contextuelles.

Les moteurs d'apprentissage contextuels de nos réseaux sociaux sont déjà utilisés pour des acteurs économiques d'une nouvelle forme, ceux de l'économie collaborative (lire l'article Collaborative Economy Startups and Social Networks Interwined). Ces derniers s'appuient sur les liens sociaux intégrant un certain niveau de confiance, de réputation (lire l'article Votre réputation sera votre monnaie, et la base de votre implication altruiste) et de crédibilité, pour construire de nouvelles relations commerciales. Ainsi par exemple, Facebook Graph est utilisé par AirBnb pour vous faire connaître soit les actions, soit les propositions d'appartement de votre réseau. Le parallèle pour le transport est évident.

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Cette synergie entre les réseaux sociaux et les acteurs de l'économie collaborative n'en est qu'à ses débuts. Elle va se renforcer et s'imbriquer à grande vitesse profitant des innovations numériques. Fondés sur l'économie de l'expérience, les changements de comportements sont à la fois rendus possibles par ces plateformes numériques et également puissances créatrices des prochaines plateformes utilisant les capteurs d'ambiance nomade associés aux moteurs d'apprentissage contextuels. Cette spécificité (Une plateforme produit des services aux citoyens qui, par leur action sur la plateforme, lui permette de s'améliorer) conduit à plusieurs caractéristiques comme la capacité à tester rapidement de nouvelles fonctionnalités, à s'auto-adapter et à croître à grande vitesse.

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Une nouvelle fois, s'ouvre de nouveaux risques et de nouvelles opportunités toutes aussi importantes. Ainsi vos comportements et vos choix deviennen
t accessibles via votre capteur d'ambiance nomade. Dès lors une partie de vos actions deviennent prévisibles. La modélisation contextuelle nomade est déjà là. Soit le citoyen s'en empare pour inventer et fixer ses règles, puis mettre en œuvre de nouveaux contrats sociaux avec le collectif, soit l'Ordre Marchand (lire l'article Economie collaborative et Intelligence collective, Et si l'ordre marchand reprenait la main ?) l'utilisera sans limite. Comme les lois de thermodynamique, nous avons besoin d'urgence d'une théorie d'exploitation des Big Data (lire l'article Big Data need Big Theory to go with it).

Vers de nouveaux contrats sociaux ?

Nous avons des problèmes complexes et systémiques à résoudre impliquant un grand nombre d'acteur et d'utilisateur (lire l'article Les Transports à l'âge de la Multitude), et mettant en œuvre de nombreux liens et boucles rétroactives non modélisables (lire la MétaNote N°11 Transports et Mobilités, Introduction à la pensée complexe). Ces outils, s'ils sont maîtrisés, peuvent être une voie majeure de progrès.

Convaincu des bénéfices collectifs de la mise en commun de certaines données, le citoyen engagé aura passé avec sa collectivité partenaire un nouveau contrat social, obligeant également cette dernière à exploiter correctement ces données, à quantifier les coûts/bénéfices de ces choix, à rendre compte de façon transparente de leurs usages. La collectivité, par l'exploitation raisonnée de ces nouvelles connaissances inédites, augmentera sa vision systémique, sélectionnera beaucoup mieux ses investissements, récompensera l'engagement des citoyens (voir cet exemple, DubCred récompense les citoyens pour leur implication dans la ville du futur). Elle aura également profondément évoluer au niveau de son organisation et ses processus de décision. Volontaire, le citoyen engagé aura également, par son action, augmenté sa capacité à appréhender SIMULTANÉMENT les conséquences individuelles et collectives de ses actes. L'intelligence collective mise en œuvre évoluera progressivement d'une structure pyramidale vers une structure globale (lien article sur l'Intelligence Collective globale).

Quelques pionniers chercheurs explorent aujourd'hui les méthodes et les conséquences de ces bouleversements : Jean-François Noubel, Thanh Nghiem, Pierre Levy.

Essayons de les impliquer dans vos projets pour être capable de caractériser, comprendre et faire évoluer vos propres structures d'intelligence collective, condition indispensable pour penser et mettre en oeuvre de nouveaux contrats sociaux.

Commentaires

  1. dit

    La nécessité d’un nouveau contrat social est une nouvelle contrainte politique (au sens étymologique) apparue il y a 1/2 siècle environ mais dont la prise de conscience (partielle) est récente.
    La problématique est nouvelle car elle se pose en terme global et non plus par nation … quel est la bonne focale ? les méta-états pré-existants (UE, MERCATO, UA, ALENA, …)ou directement le Monde ?
    La solution ne pourra être trouvée que si un constat partagé existe et que les citoyens s’emparent du sujet ou impose à leurs élus de s’en emparer.
    Mais ce moment ne verra le jour que si nous faisons l’effort collectif de comprendre pour agir …

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