Du café des Lloyd's aux éleveurs des régions arides du Kenya

Petite suite d'une précédente note (voir ici) concernant les assurances …

En 1688, Edward Lloyd ouvre un café en plein cœur du quartier des affaires de la City, et s’efforce d’attirer la clientèle des marchands en leur fournissant des informations sur les déplacements des bateaux de sa majesté, Elisabeth I. En 2010, les éleveurs nomades du Kenya vont bénéficier d'un produit d'assurance antisécheresse dont la mise au point pourrait préfigurer des évolutions dans le domaine de la mobilité.

Imaginée par des chercheurs de l'International Livestock Research Institute (ILRI) de Nairobi avec des universitaires américains, financée en partie par le secrétariat britannique à la coopération et commercialisée par une compagnie kényane, cette assurance leur permettrait d'obtenir, moyennant cotisation, un remboursement en cas de pertes dues à la sécheresse, première cause de mortalité du bétail.

Simple en apparence, l'équation s'est révélée difficile à résoudre. Pour proposer "un tel contrat, il nous fallait surmonter quatre difficultés majeures : disposer de données de grande qualité aptes à servir de bases à un contrat d'assurance ; déterminer un indice optimum ; s'assurer qu'une réelle demande existe et enfin disposer d'un réseau de diffusion adapté aux petits et moyens éleveurs situés dans des zones éloignées ", explique Andrew Mude, qui a dirigé l'équipe de recherche.

L'assurance est proposée à titre expérimental, depuis le mois de janvier, aux éleveurs du district de Marsabit, soit 35 000 familles environ, à la tête de troupeaux de chameaux, buffles, chèvres et moutons. Cette sous-région de l'est du pays a été choisie car elle réunit les quatre conditions posées par l'ILRI.

S'agissant des données, les chercheurs ont puisé à deux sources : d'abord les données satellite recueillies depuis 1981 par la NASA et la NOAA, l'agence américaine en charge de l'étude et de la surveillance de l'atmosphère et des océans. En accès libre et gratuit, ces données permettent de mesurer le niveau d'activité photosynthétique dans la végétation – et donc la densité de celle-ci – à un endroit donné. Les chercheurs ont ensuite croisé ces données avec les statistiques établies depuis les années 2000 par l'administration kényane sur la mortalité du bétail dans le district. Le tout a donné naissance à un indice qui sert de point de référence pour déclencher le recours à l'assurance. "Habituellement, la compagnie vérifie la réalité des dommages. Ici, le prix de la vérification aurait été prohibitif. La création de l'indice permet de réduire considérablement le coût de l'assurance", explique Andrew Mude.

L'accès à des données fiables, représentatives de la réalité, en temps réel, libres et gratuites, couplé au développement d'un indicateur traduisant le risque sont, là encore, les meilleurs moyens pour mettre en oeuvre une assurance performante. En matière de mobilité, de la même façon, l'accès aux données, la création d'un indice multicritère (pollution, GES, sécurité…), permettront de mieux estimer les risques ouvrant de nouvelles possibilités pour l’assureur et son client, sous réserve de maîtriser les dérives possibles et de rétribuer la majorité des bénéfices au client.

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