Quelle différence entre quelques décilitres de gazole, un savon et un paquet de gateau ?

L'utilisation de biomasse à des fins énergétiques, notamment comme carburants pour les transports, soulève depuis quelques années de nombreuses interrogations parfaitement justifées par la société au sens large.

La problématique est complexe, multicritère, adresse des questions d'énergie, de nourritures, et d'emplois. Il faudra cependant élargir encore notre vision pour appréhender la situation dans son ensemble, et s'intéresser aux dommages (ou bénéfices) collatéraux qui pourraient arriver suite au développement des biocarburants. La question de la répartition des terres et des productions agricoles entre les différents usages reste également à mener de front.

Et si la production d'énergie à partir de la biomasse était un révélateur de la qualité de la production agricole mondiale (alimentaire et énergétique) ?  

Je propose le parcours suivant :

  1. L'huile de palme c'est "bon" et pas cher ! L’utilisation de l’huile de palme dans l’agro-alimentaire a augmenté de 124% ces 10 dernières années. Concernant la production de l’huile de palme, les 3/4 sont consacrés aux produits alimentaires (biscuits, chocolats, huiles végétales…), le solde étant principalement dédié à la cosmétique, les savons et les détergents. Cette huile est moins chère que les autres huiles alimentaires, plus simple en terme de logistique.
  2. Investissez dans l'huile de palme, c'est porteur … puisque ce produit est promis à un grand avenir en terme de volume. BNP Paribas le propose clairement. D'abord porté par les géants industriels agroalimentaires et cosmétiques, par la démographie croissante, puis par le besoin énergétique, la croissance s'annonce porteuse…
  3. Si c'est bon pour l'alimentaire, c'est bon pour l'énergie ? si les pays développés acceptent, avec plus ou moins d'informations, de s'alimenter et de se laver avec de l'huile de palme. L'utilisation à des fins énergétiques du même produit pose les mêmes principales questions, et tisse un nouveau jeu d'acteurs formé de puissantes multinationales qui devront se partager la même ressource.
  4. Mais produire plus d'huile de palme c'est dangereux pour la biodiversité ! De nombreux éléments attestent cette affirmation. Des labels de production d'huile de palme durable (RSPO) ont été développés pour répondre à cette barrière. Ces labels, dont nous reparlerons, sont et seront de plus en plus stratégiques. Pour l'instant, la pression sociale ne les rend pas obligatoire; les marques et les distributeurs s'engagent sur la base du volontariat. L'utilisation de cette huile comme carburant a été rapidement dénoncée, à juste titre, comme une mauvaise solution, mais la même conclusion devrait être conduite pour les autres débouchés industriels. 
  5. Et si on appliquait les mêmes critères de qualité environnementale pour tous les produits agricoles, quelle que soit leur utilisation finale ? La production d'huile de palme respectant de vrais labels indépendants incluant la biodiversité, la qualité de l'emploi local, les multiples émissions et déchets, devra s'appliquer de la même façon pour une production alimentaire, de savon ou d'énergie.

  Cette même approche globale devra être utilisée également dans le domaine de l'électricité. Son utilisation comme carburant impliquera, tôt ou tard, de connaître en temps réel le contenu carbone de ce "nouveau" carburant. Ce besoin imposé par les carburants existants issus du pétrole pourrait poser des questions sur d'autres usages de l'électricité comme le chauffage. De nouveaux jeux d'acteurs entre multinationales vont se mettre en oeuvre, rendant le décryptage complexe.

 

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